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A l'approche des élections, plusieurs patrons de grandes entreprises s'associent avec des organisations de la société civile et des académiques pour lancer "Sign for my future", une campagne de mobilisation inédite. Ils appellent les citoyens à se joindre à eux.

Ils réclament des objectifs ambitieux basés sur une expertise indépendante, un cap clair et stable établi dans le cadre d’une loi climat.

Des demandes qui rejoignent la proposition de "loi climat" récemment formulée par un groupe d'académiques.


Les patrons de plus d'une centaine de grandes entreprises implantées en Belgique, les représentants de plusieurs ONG, d’universités, des différents syndicats et de la jeunesse… La mobilisation en faveur d'une politique climatique ambitieuse est en passe de prendre une nouvelle dimension ce mardi, avec le lancement de l'initiative "Sign for my future". (https://signformyfuture.be/)

Initiée par deux citoyens du nord du Pays, Koen Verwee (ex-CEO de Persgroep Publishing) et Guy Weyns (responsable du marketing et de la mobilité au sein de la compagnie De Lijn), cette campagne constitue en effet une démarche inédite par son ampleur, mais aussi parce qu'elle rassemble une série de personnalités que l'on ne s'attend pas forcément à entendre s'exprimer d'une même voix sur ces enjeux.

Donner un mandat climatique aux politiques

Alors que les élections du 26 mai se profilent à l'horizon, les promoteurs de "Sign for my future" appellent les citoyens belges à parapher un "mandat" demandant à nos dirigeants politiques de prendre "les mesures nécessaires même si elles sont difficiles pour atteindre les objectifs climatiques" gravés dans le marbre de l'Accord de Paris. Pour rappel, dans le cadre de celui-ci la communauté internationale s'est engagée à tout mettre en œuvre pour maintenir la hausse de la température moyenne mondiale en dessous de 2°C et de tendre vers un maximum de 1,5 °C.

"La transition vers une Belgique climatiquement neutre demandera évidemment des efforts de notre part à tous", soulignent les ambassadeurs de la campagne. "Mais, dans le même temps, elle offre de réelles opportunités, comme une augmentation de l’activité économique durable, la création d’emplois , une meilleure qualité de l’air et une meilleure santé pour tous."

"Chacun d'entre nous s'engage à titre personnel, précise Céline Tellier, vice-Secrétaire générale d'Inter-Environnement Wallonie, mais j'imagine que les dirigeants d'entreprises qui ont choisi de se joindre à la campagne ont consulté leur CA avant de le faire."

Parmi ces noms figurent notamment Christiane Malcorps (Solvay), Marc Du Bois (Spadel), Thomas Leysen (KBC & Umicore), Frank Vandermarliere (Agoria), Nicolas Van Nuffel (Coalition Climat et CNCD), Antoine Lebrun (WWF), Serhat Yildrim (Association des étudiants flamands), Elliot Herman (Conseil de la Jeunesse)… Chacun(e) fera la promotion de la campagne au sein de sa propre organisation, de ses partenaires et de ses clients.

Trois revendications urgentes

Le mandat proposé par "Sign for my future" s'articule plus précisément autour de trois revendications spécifiques et urgentes, poursuit Céline Tellier. "La première, c'est de disposer rapidement d'un ancrage juridique, une 'loi climat', qui donne un cadre légal aux ambitions climatiques de notre pays. Ce n'est pas la cas aujourd'hui et on voit bien les problèmes de gouvernance. Cette loi sera de nature fédérale, mais s'appliquera à l'ensemble des niveaux de pouvoir. Les Régions auront la latitude de décider des moyens, mais les objectifs devront être atteints."

En ligne de mire : la neutralité carbone de notre pays d'ici à 2050. Une ambition qui passe par "la définition d'objectifs intermédiaires cohérents permettant d'atteindre des réductions significatives des émissions", insistent les auteurs de l'appel, qui rappellent qu'une concurrence équitable entre les entreprises basées en Europe doit être garantie.

© Reporters

Un cap économique clair, des évaluations indépendantes

La deuxième demande porte sur la mise sur pied "d'un plan d'investissements ambitieux qui constitue une incitation positive pour les entreprises et la société". Celui-ci devrait être sur les rails au plus tard fin 2022. "Il faut que ce soit un vrai plan de transition énergétique et écologique. L'ambition climatique doit être au cœur de celui-ci, ce qui n'est pas le cas des plans d'investissements proposés jusqu'ici", commente encore notre interlocutrice.

Enfin, les signataires souhaitent également la création d'un Conseil indépendant du climat, composé d'experts chargés d'évaluer les politiques menées et d'établir des recommandations afin que les mesures prises soient cohérentes avec les trajectoires de réduction d'émissions fixées. "Un peu comme cela se fait pour le respect des trajectoires budgétaires."

La campagne, qui se veut politiquement neutre, a reçu le soutien de tous les médias belges et se déclinera via différents canaux de diffusion, du bon vieux « journal papier » aux réseaux sociaux. Elle prendra fin après le scrutin du 26 mai.

Tout le monde sur le pont

Le fait de s'associer à de grandes entreprises n'a-t-il pas posé de difficultés parmi les défenseurs de l'environnement en faisant naître la crainte de cautionner une possible opération de "greenwashing" ? "Il est clair que parmi ces acteurs du monde de l'entreprise, certains ont déjà clairement enclenché cette démarche de transition et d'autres moins. Mais d'une certaine manière, cette prise de position publique les met face à leurs responsabilités. Et puis, si on reste juste entre convaincus, on ne va jamais mettre en œuvre les changements nécessaires", répond Céline Tellier. "Cela n'a aucun sens de mettre en cause la légitimité des jeunes qui manifestent pour le climat parce qu'ils ne seraient pas blancs comme neige. De la même façon, il faut soutenir les entreprises qui s'engagent sur ce chemin. Personne aujourd'hui n'est totalement cohérent."

Régulièrement avancé par divers élus belges, l'argument selon lequel les mesures induites par une politique climatique ambitieuse se heurteront à l'opposition de la population est un cercle vicieux dont il faut sortir, estiment les organisateurs de la campagne.