Planète À défaut de s’être mis d’accord sur l’opportunité d’exploiter ou non le controversé gaz de schiste, les Etats membres de l’Union européenne pourraient devoir se plier à des règles communes en ce qui concerne les évaluations de l’impact environnemental des projets liés à cette ressource.

C’est en tout cas le souhait émis dans le projet de directive qui sera soumis ce mercredi au vote du Parlement, réuni en session plénière à Strasbourg. "Le texte propose de rendre obligatoire les études d’impact pour le gaz de schiste et les gaz non conventionnels non seulement pour leur exploitation, mais aussi dans les phases d’exploration et d’évaluation", explique-t-on au cabinet de l’eurodéputé Andrea Zanoni (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) qui joue le rôle de rapporteur dans ce dossier.

Jusqu’ici, cette directive déjà ancienne ne concernait pas ces énergies fossiles non conventionnelles qui ont connu un véritable "boum" aux Etats-Unis au cours des cinq dernières années. Mais vu les nuisances associées à la technique de fracturation hydraulique utilisée pour libérer le gaz piégé dans les roches du sous-sol, la mise en place d’un encadrement s’impose.

Si cette mise à jour est avalisée, une évaluation concernant les risques de microséismes, la consommation et la pollution de l’eau ou encore les charrois de poids lourds nécessaires à ces opérations devrait être préalablement réalisée et la population riveraine dûment consultée avant tout feu vert.

Cette position maximaliste adoptée en commission de l’Environnement risque néanmoins fort de ne pas passer la rampe, reconnaît-on du côté de M. Zanoni. Les groupes conservateurs du Parlement (le PPE, majoritaire, en tête) sont en effet peu favorables à une régulation trop contraignante qui briderait l’expansion dans l’Union de ce que d’aucuns considèrent comme un nouvel eldorado. "Si l’on parvient à conserver cette obligation pour la phase d’extraction, ce sera une satisfaction."

Une forte opposition

De son côté, l’association internationale des producteurs de pétrole et de gaz (l’OGP) ne cache pas tout le mal qu’elle pense de cette proposition. Celle-ci risque "d’arrêter de nouveaux projets en raison d’exigences accrues d’évaluation environnementales longues, complexes, coûteuses et inutiles avant même que l’on ait une idée du potentiel réel des gisements", affirme-t-elle dans un communiqué. Une telle réglementation n’apporterait en outre, selon l’OGP, pas forcément de bénéfice environnemental additionnel. L’organisation souhaite donc qu’une telle obligation, si elle est décidée, soit limitée à la phase d’exploitation.

Dans tous les cas, l’option arrêtée devra encore faire l’objet de négociations avec les Etats membres. Parmi ceux-ci, ceux qui se sont déjà lancés dans l’aventure du gaz de schiste - la Pologne - ou ceux qui caressent l’ambition de la faire - le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Lituanie, la Roumanie, le Danemark, la Suède et peut-être l’Allemagne - seront peu enclins à se compliquer la vie. " Les Polonais, en particulier, sont très remontés" , entend-on dans les couloirs de Bruxelles.