Planète

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) vient de rendre un avis qui pourrait faire date. Suite à la publication d’une série d’études mettant en évidence les effets délétères de certains insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur les abeilles, celle-ci avait été chargée par la Commission européenne de faire la clarté sur les risques liés à ces molécules.

D’après ces travaux publiés l’an dernier, en affectant leur système nerveux, même de très faibles doses de ces produits dits "systémiques" entraînent une importante mortalité parmi les insectes pollinisateurs et jouent un rôle dans l’effondrement des colonies constaté depuis une quinzaine d’années. Ces substances sont très largement utilisées en agriculture, en enrobage de semences ou sous forme de granulés.

"L’Efsa a rendu des conclusions inquiétantes sur l’impact de trois types de produits sur le nectar et le pollen", a expliqué le porte-parole de Tonio Borg, commissaire européen en charge de la Santé.

Une lettre va être adressée "cette semaine" aux groupes Bayer et Syngenta, qui commercialisent divers pesticides comportant les trois néonicotinoïdes incriminés - le clothianidin, l’imidacloprid et le thiamethoxam - pour leur demander de réagir à ce rapport. Ils devront apporter leur réponse d’ici au 25 janvier.

Mercredi, les industriels ont contre-attaqué en soulignant le fait qu’il existait un haut niveau d’incertitude dans cette évaluation qu’ils jugent incomplète. Le groupe allemand Bayer s’est dit prêt à coopérer, tandis que la firme Syngenta déclare qu’elle mettra tous les moyens à sa disposition pour défendre l’utilisation de ces produits. L’enjeu économique est considérable.

La Commission européenne a décidé d’inscrire le sujet à l’ordre du jour de la réunion du comité permanent de l’UE en charge de ces questions prévue le 31 janvier. "La Commission, avec les Etats membres, prendra les mesures qui s’imposent", a souligné le porte-parole.

Vers une interdiction ?

Plusieurs pays ont déjà pris des mesures sur le plan national en retirant l’autorisation de mise sur le marché de certains produits (le Cruiser OSR utilisé en traitement de semence pour le colza en France, par exemple), mais cela se fait en ordre dispersé. L’idée de la Commission européenne est d’arrêter une ligne de conduite au niveau des Vingt-sept et d’aller, si nécessaire, vers une interdiction des produits incriminés.

L’Efsa a analysé les risques pour les abeilles via trois voies d’exposition : par le pollen et le nectar; par la poussière lors des opérations de semis et via la "transpiration" des plantes qui libèrent des gouttes d’eau contaminées qui peuvent être consommées par les insectes.

Elle a établi une liste des niveaux d’impact en fonction du type d’exposition et du type de produit. L’agence souligne toutefois que, dans un certain nombre de cas, les données font défaut pour pouvoir tirer des conclusions.

Du côté du cabinet de la ministre belge de l’Agriculture, Sabine Laruelle, on déclare avoir pris note de ces conclusions et avoir demandé à l’administration de la Santé d’en faire une analyse approfondie afin de soumettre des propositions d’adaptation éventuelles.

Contacté par "La Libre", un expert explique que cette annonce intervient dans le cadre d’une révision de fond du processus d’évaluation des risques de ces produits sur les abeilles. "Ces travaux ont montré que le procédé sur lequel on s’est fondé pour donner les autorisations à ces insecticides systémiques n’était pas adapté. Les effets chroniques et les effets non mortels sur les abeilles ne sont pas mesurés, pas plus que l’effet cocktail lié à la combinaison avec d’autres produits. C’est ce qui explique notamment le manque de données. La Commission doit présenter un document d’orientation qui permettra d’établir un nouveau schéma d’évaluation des risques."

Certains scientifiques, de leur côté, appellent à un retrait du marché de certains produits, fût-ce à titre temporaire. D’autres s’interrogent également sur l’influence éventuelle de ces insecticides sur la santé humaine.