Planète Logée dans l’Océan Indien, au large des côtes du Mozambique, Madagascar tire la majeure partie de ses ressources de la terre. Plus de 80 % des Malgaches vivent de l’agriculture et de la pêche, et le riz constitue la base incontournable de l’alimentation. Mais depuis une dizaine d’années, le travail aux champs est plus difficile. Les périodes de pluie n’arrêtent pas de changer, et les cultivateurs maîtrisent de moins en moins les cycles de production. “ Nous alternons sans cesse sécheresses et inondations, témoigne un producteur. Au début de l’année, deux violents cyclones nous ont secoués à un mois d’intervalle et ont inondé d’immenses surfaces agricoles.


Dotée d’une biodiversité extraordinaire, Madagascar a longtemps été protégée le long de ses côtes par les mangroves, sortes de forêts marines à l’écosystème unique qui se développent à l’embouchure des fleuves en zone tropicale. Riches en crustacés et petits poissons, elles ont toujours fait office de tampon entre les cyclones et les zones de culture côtières, de plus en plus menacées par la hausse du niveau des mers. Mais ces dernières années, ces précieuses mangroves ont connu une baisse drastique de leur superficie face à l’extension des zones de culture. “Dans la région du Menabe (centre-ouest de Madagascar) quelque 30 000 hectares ont été défrichés en peu de temps au profit de cultures de riz”, nous explique Jean-Marie Razafimahatratra. Secrétaire général d’un petit organisme de coopération qui regroupe cinq communes de la région, il s’est donné pour mission de regagner cet espace et d’utiliser les mangroves comme ceinture de protection. “ Cultiver du riz près de la côte ne sert à rien si ces cultures sont fréquemment dévastées”, nous explique l’homme depuis son bureau de Belo Tsirihibina. “Les gens sont dans une telle situation de pauvreté qu’il est difficile de les convaincre de renoncer à leurs cultures, mais c’est pourtant essentiel. Les mangroves nous protègent de la mer alors que les cyclones sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Depuis le début de l’année, nous avons donc pu restaurer 55 hectares de mangroves dans la région. Contrairement au reboisement en zones sèches – plus difficile – les mangroves repoussent vite et facilement, en cinq ans elles ont repris leur forme initiale. Mais le défi est de taille, nous devons rapidement accélérer le mouvement si nous voulons protéger nos terres contre la hausse des océans.”