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Récolter votre nourriture ne nous permet pas de vivre", lance Gerardo Reyes. "Nous menons une existence indigne, et nous avons décidé que cela devait cesser." Originaire de Zacatecas au Mexique, Gerardo Reyes est l’un des principaux représentants des ouvriers agricoles d’Immokalee. Cette petite bourgade de 25 000 habitants coincée au sud-ouest de la Floride produit depuis des décennies la majeure partie des tomates consommées aux Etats-Unis.

"Dans les années 60, la majorité des travailleurs étaient issus de la communauté afro-américaine", poursuit notre interlocuteur. "Aujourd’hui, ils sont essentiellement latino-américains, mais les conditions de travail sont exactement les mêmes : nous sommes traités comme des esclaves. Hommes et femmes travaillent aux champs de 05h à 20h sans la moindre protection contre le soleil ou les pesticides. Ils ne sont pas payés à la journée ou à l’heure, mais au seau, et touchent environ deux centimes par kilo de tomates ramassées - soit environ 40 dollars par jour - pour une industrie qui pèse 4 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires."

Confortablement installées au sommet, les chaînes de fast-food et de grande distribution comme Walmart, Publix ou Ahold contrôlent l’entièreté de la chaîne. Elles fixent elles-mêmes le prix des tomates "à des montants ridiculement faibles qui leur permettent de maintenir dans la pauvreté une main-d’œuvre vulnérable et bon marché", ajoute fermement mais posément Gerardo Reyes. "Quand les travailleurs ont la chance d’être payés, parce que bien souvent, les employeurs reportent le versement d’un salaire qui ne vient jamais, et ceux qui osent le demander sont intimidés, battus, ou violés. Aux Etats-Unis, une femme sur quatre est victime de harcèlement sexuel, dans les champs, cela concerne huit femmes sur dix."

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