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Si la Chine souhaite lutter efficacement contre la pollution atmosphérique qui étouffe ses villes, il lui faut prendre des mesures audacieuses et coûteuses pour restreindre sa dépendance au charbon et promouvoir des alternatives à la circulation automobile, assurent les experts.

Samedi, dimanche et lundi, un épais brouillard extrêmement chargé en particules nocives a enveloppé le nord et l'est du territoire de la deuxième économie mondiale, affectant les transports routiers, causant des annulations de vols dans les aéroports, un afflux de patients dans les services de pneumologie et une ruée sur les masques filtrants.

Cette pollution d'une densité inédite a suscité un vaste débat dans tout le pays sur les excès du rythme de développement actuel de la Chine, ainsi que des critiques relativement virulentes dans les médias officiels, qui ont exigé des autorités davantage de transparence.

Le problème appelle en effet des virages fondamentaux, voire de tourner le dos à la politique énergétique privilégiée depuis des années par Pékin, qui voit dans le charbon une source d'énergie sûre et bon marché.

"Il est nécessaire que le gouvernement prenne des mesures à long terme en centralisant les réseaux de chauffage, afin que des foyers ne brûlent pas du charbon dans les zones rurales", souligne par exemple le professeur John Cai, de la China Europe International Business School (CEIBS) de Shanghai. La Chine représente la moitié de la consommation mondiale de charbon, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Le pays en tire plus de 70% de son énergie.

Et son appétit est toujours plus grand, car le charbon sert, en plus du chauffage, à produire de l'électricité pour répondre à la demande en hausse constante. Ces dernières années il s'est construit en moyenne une centrale au charbon par semaine en Chine.

Vitrine politique du pays et symbole des transformations urbanistiques à l'oeuvre en Chine, Pékin a toutefois pris de nombreuses actions pour combattre la pollution, avec des effets visibles notamment lors des jeux Olympiques de 2008.

Depuis 2011 la capitale organise un tirage au sort de plaques d'immatriculation de voitures neuves, une mesure visant à freiner l'expansion du marché automobile. Plus de cinq millions de véhicules circulent quotidiennement dans la métropole, et 20.000 s'y ajoutent chaque mois.

Pékin a promis l'an dernier de fermer ou convertir d'ici 2015 quelque 1.200 usines très polluantes. Et ces derniers jours plusieurs dizaines d'usines ont été temporairement fermées, complètement ou partiellement. Des autoroutes du nord du pays ont aussi été coupées.

Mais ce ne sont que des "mesures d'urgence", affirme à l'AFP Mme Zhou Rong, spécialiste de la question chez Greenpeace. "Sur le long terme il faut une politique à l'échelle de la région pour restreindre l'utilisation du charbon et améliorer la qualité de l'air", dit-elle.

Le professeur Cai est d'accord: des réformes audacieuses sont selon lui nécessaires, même si elles s'accompagneront de "pertes économiques à court terme".

John Ross, qui a été conseiller de la municipalité de Londres avant d'enseigner aujourd'hui à l'université Jiaotong de Shanghai, compare la situation de Pékin avec le "grand smog" de 1952 dans la capitale britannique, considéré comme la pire pollution atmosphérique de l'histoire du Royaume-Uni. "La leçon à tirer de Londres est que la pollution industrielle peut être éliminée, mais cela requiert des lois draconiennes, de gros investissements et une durée de plus de dix ans", a-t-il assuré.