Planète

Sur l’un des écrans digitaux au mur, s’affiche une grosse boule rouge incandescente, dont la surface semble sans cesse bouillonner. Des ordinateurs affichent la même boule, en version jaune, verte ou grise. Un clic, et c’est une série de graphiques qui vont s’afficher. Devant ces machines, se relayent en permanence les opérateurs scientifiques, au sein du bâtiment central de l’Observatoire royal de Belgique, à Uccle.

Ces prévisionnistes ne prédisent pas une banale tempête de neige ou la prochaine averse. Mais plutôt d’éventuelles éruptions solaires, par exemple. Ils traquent les bulles de plasma à la surface du soleil, des taches sur cette étoile géante ou un soudain flash de lumière Ces scientifiques du tout nouveau "Centre de coordination de la météo spatiale" surveillent la météo de l’espace.

Celle-ci se réfère aux conditions de l’environnement dans les différentes couches qui enveloppent la terre, conditions causées par le comportement du soleil et du vent solaire. Une météo spatiale qui peut avoir des conséquences sur notre terre. "Les supertempêtes solaires peuvent entraîner des dégâts technologiques majeurs. Par exemple, au Canada, en 1989, à la suite de l’une d’entre elles, six millions de personnes se sont retrouvées sans électricité. Mais la météo spatiale peut aussi avoir des effets sur les satellites ou sur les astronautes que nous envoyons dans l’espace", indique Thomas Reiter, directeur des opérations à l’ESA, agence spatiale européenne, qui vient d’inaugurer à Bruxelles son Centre de coordination de la météo spatiale, avec l’appui de la Belgique. Le but : rassembler les données venues des centres d’expertises en Europe et faire le lien avec les usagers (opérateur de satellite, gestionnaires de réseau électrique, aviation...). Le Centre s’appuie sur différents instruments : télescopes, magnétomètres, des stations mesurant les signaux GPS

La principale source de cette météo spatiale est le soleil. "On ne peut pas empêcher le soleil de se comporter d’une certaine façon, mais mieux vaut être prévenu ! On peut observer le soleil. Il est relativement loin de nous, certains phénomènes prennent du temps pour arriver jusqu’à nous mais d’autres non , note Michel Kruglanski, responsable du Centre . Par exemple, la lumière ne met que huit minutes à nous arriver. Mais avec des observations, on peut voir que certaines zones sont plus stressées, et qu’il y a des risques d’un événement de flash. " Les éjections de masses coronales (bulles de plasma) mettent plus de temps pour se propager. Une fois les éruptions repérées, il faut examiner leur direction - voir si elles se dirigent vers la Terre - et leur vitesse. "On a entre un et quatre jours pour qu’elles nous atteignent, 24 heures pour les plus méchantes, mais elles sont rares" , précise Laure Lefèvre, astrophysicienne qui travaillera au Centre de coordination. Difficile de donner un ordre d’idée pour une fréquence, mais la dernière grande tempête date de 1989. Une autre puissante a eu lieu en 1859. Le soleil a des cycles et connaît des périodes où il est plus ou moins actif. Mais des tempêtes ne se produisent pas forcément au "sommet" du cycle... "L’apparition de tempêtes solaires est une question de probabilités. On sait que le soleil a des cycles de onze ans, mais on n’a pas de modèle pour les reproduire . Et on ne connaît pas son mécanisme global." Et il est difficile de savoir à quoi le prochain cycle va précisément ressembler