Planète

Le ministre allemand de la Coopération Dirk Niebel ne mâche pas ses mots. Ce grand blond, qui aime arborer une casquette grise de la Bundeswehr en visitant les pays du tiers-monde, veut désormais interdire dans son pays la vente de biocarburants aux stations-service. Et ce, tout pendant que la crise alimentaire s’envenime dans le monde.

" L’assiette l’emporte sur le bac à essence ", a-t-il lancé. Suite à quoi la plupart des dirigeants politiques et des médias l’ont taxé de populisme. Mais son exigence morale a rencontré un énorme écho dans la population : un sondage publié par la chaîne de télévision ZDF indiquait ainsi que 63 % des Allemands approuveraient l’interdiction de la vente de l’E 10, un carburant contenant 10 % de bioéthanol. Et seuls 12 % d’entre eux seraient contre.

Pourtant, les raisons de ce désamour ne sont pas uniquement liées aux propos de Dirk Niebel : un Allemand sur cinq concède d’ailleurs qu’il désapprouve l’E 10 pour des raisons différentes. Avant même cette nouvelle polémique sur la famine, ce biocarburant était impopulaire (lire "le chiffre").

Mais le ministre libéral en a rajouté une couche, déclarant qu’en " période de hausse des prix alimentaires, les biocarburants peuvent encore attiser la famine " . Niebel veut ainsi prendre une initiative au niveau de l’Union européenne, pour que l’on y réduise les additifs végétaux dans le carburant et que de nouveaux biocarburants soient développés à moyen terme.

Pourtant, la proposition ne fait pas l’unanimité. Pour Elmar Baumann, directeur de la Fédération allemande de l’industrie des biocarburants, une interdiction ne serait qu’un " geste symbolique", le volume de la moisson allemande consacrée au bioéthanol n’atteignant que 4 %.

Par ailleurs, pour une porte-parole du ministère de l’environnement, " l’E 10 répond à une consigne européenne ". L’interdire semble donc contradictoire.

L’état de la moisson en Allemagne, lui, ne prête pas à l’alarmisme. Près de 44 millions de tonnes de céréales ont pu être engrangées cette année, soit 5 % de plus que l’an dernier. Certes, pour le blé d’hiver on a récolté 7 % de moins. Mais la production d’orge d’été a progressé de 50 %, et celle de seigle, 44 %. Selon les agriculteurs rhénans, les récoltes de betteraves, de pommes de terre et de maïs s’annoncent également bonnes.

Grâce à des précipitations suffisantes, la situation allemande n’a donc rien à voir avec celle des récoltes russes, où la production de blé devrait baisser cette année de 20 %, pour atteindre 75 millions de tonnes.

Le président de la Fédération agricole allemande, Joachim Ruckwied, parle ainsi d’une moisson " satisfaisante ", dans la moyenne des dernières années. Répondant à Dirk Niebel, il dit aussi qu’il est possible de " remplir à la fois assiettes et bacs à essence". Selon lui, la bonne récolte allemande contribue à une " détente" sur les marchés mondiaux. Grâce à de bonnes prévisions pour les moissons de riz, " le danger d’une famine n’existe pas ", affirme-t-il.

Il concède que les " agriculteurs allemands ont l’obligation de produire en premier lieu des aliments d’origine végétale et animale" , mais cela n’exclut pas la consécration d’une partie " raisonnable" des surfaces agricoles à la production de bioénergie.