Planète

Le Canada est l'un des pays ayant les plus importantes réserves pétrolières au monde grâce notamment à son sable bitumineux : un mélange de bitume brut, de sable, d’eau et d’argile. Pour preuve, Total, Suncor et Teck viennent d'investir 13,5 milliards dans cette industrie.

Une simple image satellite mise en ligne sur le Tumblr "la Terre en timelapse " montre, pourtant, l'avancée des mines le long des rives de la rivière Athabasca (Alberta) entre 1984 et 2012.

La rivière Athabasca entre 1984 et 2012

Les sables bitumineux sont d'ailleurs au cœur de l'actualité au Canada. Des manifestations contre son exploitation et les projets d'oléoducs ont eu lieu le 16 novembre dernier dans des dizaines de villes à travers le pays, dans le cadre de la Journée nationale d'action pour défendre le climat. Le député de Québec solidaire Amir Khadir a dénoncé le « pétrole le plus sale au monde » de l'Alberta. « C'est tellement polluant que les États-Unis ne l'ont pas accepté, que la Colombie-Britannique a mis des conditions tellement élevées que les compagnies ne seront jamais capables de les rencontrer. Et nous, on s'abaisserait, avec tous les dangers, à laisser passer le pétrole sur notre territoire », a-t-il souligné.

Forêts sacrifiées, consommation et pollution de l'eau : cette industrie est critiquée par les écologistes depuis quelques années. Greenpeace estime pour sa part qu'en 2020 cette industrie émettra plus de gaz à effet de serre que des pays comme l’Autriche, le Portugal, l’Irlande ou le Danemark. Le documentaire de Patrice Lorton, "Pour quelques barils de plus", meilleur reportage au Festival international du film écologique de Bourges en 2009, dénonçait le fait que Total, par exemple, utilisait de l'énergie pour liquéfier le bitume (trop profond) pour l'extraire. Consommer donc des hydrocarbures pour produire des hydrocarbures.

"Pour quelques barils de plus" - Documentaire de Patrice Lorton"

"Au détriment des Premières Nations"

Les populations les plus concernées par cette industrie sont les Premières nations qui comptent, pour rappel, environ 700 000 membres au Canada. « Les sables bitumineux sont extraits dans les territoires albertains au détriment des Premières Nations qui y habitent. En plus, on veut faire passer des pipelines [sur des territoires autochtones] pour transporter ça de l'Alberta jusqu'au Québec » , expliquait à Radio Canada Mélissa Mollen Dupuis, porte-parole du mouvement Idle No More au Québec.

Un jeu documentaire très ludique Fort McMoney , du journaliste David Dufresne, sortira le 25 novembre, et est consacré à la ville Fort McMurray, à 400 km d'Edmonton : la plus grande réserve de sable bitumineux au monde. La ville contribue pour 7% du volume total de gaz à effet de serre du Canada et constitue la troisième réserve de pétrole au monde. C'est aussi la ville d'Amérique du Nord qui connaît la plus forte croissance. "Dans Fort McMoney, le public va pouvoir comme dans les Sims, décidé ce qui est bon pour la ville ou pas" , explique, à LaLibre.be, le documentariste. Un bon moyen de se faire un avis concernant la question et de conscientiser les citoyens. "Cette énergie mesure notre dépendance au pétrole" , explique David Dufresne, "Le Belge ou le Français qui met de l'essence dans le réservoir de sa voiture est concerné. Nous sommes tous responsables de ce qui se passe au Canada."