Planète

De son petit nom 2014-JO25, surnommé “The Rock”, en l’honneur de l’acteur et catcheur Dwayne Johnson et pour sa taille estimée entre 600 mètres et 1, 4 km, un astéroïde a frôlé la Terre ce mercredi, atteignant son point le plus proche de la terre vers 14 h 24. Il passera à 1,8 million de kilomètres de la Terre, un peu moins de cinq fois la distance qui nous sépare de la lune.

La visite du 19 avril est une "opportunité exceptionnelle" pour les astronomes et les amoureux du ciel, a souligné l'agence spatiale américaine. Sa surface étant deux fois plus réfléchissante que celle de la Lune, il devrait être visible avec un petit télescope pendant une ou deux nuits.

“Bien qu’il n’y ait aucune possibilité que l’astéroïde entre en collision avec notre planète, il sera très près pour un objet spatial de cette taille”, a précisé la Nasa. De petits astéroïdes, ces corps rocheux du système solaire, passent à cette distance de la terre plusieurs fois par semaine, mais cette “visite” est la plus proche d’un astéroïde de cette taille, depuis celle de Toutatis ( 5 kilomètres) qui s’était approché à 4 distances terre-lune en 2004. 

Le scénario hollywoodien de la Nasa qui veut dévier les astéroïdes

A ce jour, 15 000 astéroïdes “proches de la terre” ont été répertoriés, c’est-à-dire qu’ils peuvent, selon leur orbite, s’approcher de nous à une distance d’au moins 50 millions de km. Environ 1 700 astéroïdes sont considérés comme potentiellement dangereux car leur trajectoire coupe celle de la Terre à une distance inférieure à 10 millions de km. “Si un astéroïde de 150 mètres tombait sur la Terre, cela représenterait10 000 bombes d’Hiroshima en terme d’énergie libérée”, note l’astrophysicien Patrick Michel.

Comment faire pour se prémunir du danger ? Tout d’abord surveiller ces astéroïdes, (au télescope, par exemple, les agences spatiales ont des labos dédiés à ce travail), pour mieux connaître leur taille et leur orbite, afin que les experts puissent déterminer la sévérité d’un impact avec la Terre et son moment.

© nasa

L'engin de la Nasa qui doit s'écraser sur un astéroïde pour le faire dévier

“Reste” alors à implémenter des contre-mesures. Cela peut aller de l’évacuation des populations si l’impact ne peut pas être évité aux scénarios plus hollywoodiens de déviation de l’astéroïde. Mais il faut alors s’y prendre suffisamment à temps. “Dévier un astéroïde qui terminerait sa course sur Terre demande de changer sa vitesse de moins de 2, 5 cm par seconde des années avant l’impact, explique la Nasa. Les techniques les plus prometteuses que nous investiguons sont l’impacteur cinétique (frapper l’astéroïde avec un objet pour le ralentir légèrement) et le tracteur de gravité (tirer sur un astéroïde grâce à la gravité en stationnant une masse importante à ses côtés).

Expérience pour 2022

Les Etats-Unis et l’Europe préparent pour 2022 une expérience dans l’espace profond pour vérifier qu'il est bien possible de dévier la trajectoire d'un astéroïde fonçant vers la Terre. L'agence spatiale américaine a prévu pour cela d'organiser une collision entre un projectile lancé depuis la Terre et la petite Lune d'un astéroïde, Didymos, qui se trouvera à 13 millions de kilomètres seulement de la Terre en 2022. "Le but est de valider une technologie afin que si un jour un astéroïde menace d'entrer en collision avec la Terre, on soit sûr de pouvoir le heurter et changer sa trajectoire", selon Ian Carnelli, chef du projet AIM (Asteroid Impact Mission) à l'ESA.


Dans la mission AIDA, constituée de deux volets complémentaires, les Américains comptent envoyer dans l'espace en 2020 un engin autoguidé de 600 kilos, baptisé DART (Double Asteroid Redirection Test). Il doit percuter deux ans plus tard, à la vitesse de 6 km par seconde, le satellite naturel surnommé "Didymoon" qui mesure 160 mètres de diamètre. Dart va changer la vitesse de cette lune qui est autour de l'astéroïde principal d'environ un demi-millimètre par seconde : c'est très peu, mais cela entraînera un décalage de 10 minutes sur 11 heures et c'est ce que les scientifiques pourront mesurer de manière très précise.

© nasa

Le schéma de la mission AIDA

Les Européens, eux, sont censés expédier fin 2020 la sonde AIM à la rencontre de l'astéroïde Didymos (qui fait près de 800 mètres de diamètre) et de Didymoon afin d'étudier en 2022 leurs caractéristiques avant l'impact, mais l'ESA n'a pas encore réuni le budget nécessaire. Pour autant la mission américaine DART ne sera pas compromise si l'ESA jette l'éponge car la collision pourra être observée depuis la Terre. Son budget est d'environ 150 millions de dollars.

"Les collisions de gros astéroïdes avec la Terre se produisent très rarement mais ont de fortes conséquences. C'est le seul risque naturel que l'on puisse prédire et pour lequel on puisse faire quelque chose", relève l'astrophysicien Patrick Michel.

Selon la Nasa, aucun astéroïde connu ne pose de risque sérieux d’impact avec la Terre d’ici les 100 prochaines années.