Planète

"Je ne pense pas que le public ne réalise très bien, ni les médias, ce qu'il se passe en Antarctique et dans les régions polaires", regrette un scientifique.

Il s'appelle Thwaites et inquiète au plus au point les scientifiques, à commencer par ceux de la NASA. Ce glacier, qui fait deux fois et demi la taille de la Belgique (600 km sur 120), menace de se détacher de l'Antarctique Ouest. Sa fonte, inéluctable, pourrait faire monter le niveau des eaux jusqu'à trois mètres dans le pire des scénarios. Elle est d'ailleurs déjà responsable de 4% de la hausse totale du niveau de la mer. Autant dire que les conséquences seraient désastreuses pour notre planète en cas de disparition complète. 

Récemment, les radars de la NASA ont pu déterminer qu'une cavité s'était formée à l'intérieur du glacier, accélérant sa fonte à cause de l'air chaud qui remonte et de l'eau de mer qui parvient à s'infiltrer. Le hic, c'est que cette cavité est tout simplement gigantesque: elle fait 300 mètres de haut, 10 km de long et 4 km de large... "Avec les changements climatiques, la surface fond davantage. Il y a plus d'eau qui pénètre dans la neige. La plateforme devient à nouveau plus lourde, cela pourrait provoquer un effondrement", s'inquiète la glaciologue Shelley MacDonnell. 

Envisager de pouvoir contrer le phénomène est utopique. Au mieux, il sera possible de ralentir la fonte de Thwaites. Mais cela dépendra des comportements que nous adopterons. “A force de reculer, le glacier devrait se détacher et, comme dans une chute de dominos, devrait entraîner les autres glaciers de l’Antarctique Ouest, engendrant ainsi un scénario catastrophe", pointe Eric Rignot, professeur de sciences de la Terre à l'Université de Californie, interrogé par France Télévisions

Quel scénario catastrophe? Une montée des eaux allant jusqu'à 3 mètres, qui va entraîner la disparition de l'Antarctique Ouest et menacer des villes comme Tokyo, Bangkok, New York, Miami ou Dakar. "Je ne pense pas que le public réalise très bien, ni les médias, ce qu'il se passe en Antarctique et dans les régions polaires".

Il est toutefois encore possible de ralentir l'impact de la fonte de ce glacier. Mais il y a urgence. "Si on arrive à ralentir le réchauffement, il est tout à fait concevable que le glacier continue de se retirer, mais de manière très très lente", conclut Eric Rignot.