Planète

Tous les mardis, "La Libre" vous invite désormais à découvrir un petit bulletin "météo" hebdomadaire de la production en énergies renouvelables dans notre pays. Une façon d’informer le grand public sur l’inéluctable mutation énergétique qui s’est doucement enclenchée et qui devrait s’accélérer au cours des prochaines décennies.

Le point avec Michel Huart, secrétaire général de l’Association de promotion des énergies renouvelables (Apere).

Quel est l’état des lieux de la production en énergies renouvelables de notre pays ? Comment la situation a-t-elle évolué au cours de la décennie écoulée ?

Quand on parle d’énergie, on distingue l’électricité, la chaleur et le transport. Selon les dernières statistiques disponibles, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale était passée globalement de 1,4 % en 2000 à 5 % en 2009. Cela se marque surtout au niveau de l’électricité, avec le développement de l’éolien et du photovoltaïque, où la part dans la consommation est passée de 1 % à 6 %. L’évolution est assez impressionnante. Cet été, il y a eu une période durant laquelle la production photovoltaïque couvrait 25 % de la demande en temps instantané. Il est intéressant de voir que les investissements qui ont été consentis pour ces équipements décentralisés, ces petites gouttes, commencent à faire de grandes rivières. Il faut aussi noter que, dans le même temps, la consommation d’énergie a légèrement augmenté au cours de cette décennie. Augmenter la part des énergies renouvelables est donc aussi lié à une démarche de maîtrise de la consommation d’énergie.

La variabilité de la production ne reste-t-elle pas problématique ?

C’est un peu leur point faible, mais heureusement, il y a généralement une certaine complémentarité entre le solaire, l’éolien et les besoins en énergie. La gestion du réseau reste un élément important. Elle a toujours dû intégrer des consommations variables, auxquelles s’ajoute aujourd’hui une production variable. Cela pourrait donc donner lieu à des fluctuations plus importantes et à des déséquilibres, mais on observe qu’à certains moments, cela a plutôt un effet de stabilisation du réseau. La plupart du temps, cela ne pose pas de problème, mais il y a des situations particulières où il faudra mettre des solutions en place.

On entend souvent qu’il y a peu de vent, peu de soleil et peu de biomasse en Belgique. Quelles sont les perspectives à l’horizon 2050 ?

Il y a une étude qui montre que l’on peut assurer nos besoins énergétiques à 100 % en énergies renouvelables d’ici à 2050. Mais cela passe par une phase de transition. Et la question est de savoir quel sera le prix de l’énergie. Le renouvelable est peut-être plus cher sur le court terme, mais dans le long terme cette tendance s’inversera. Au-delà d’un certain seuil de prix, il prendra la place des énergies conventionnelles. On est déjà dans cette voie-là et les énergies vertes permettront à un moment d’atteindre un prix d’équilibre. Cette solution sera alors moins chère que les énergies fossiles, mais restera néanmoins plus coûteuse que les prix actuels.

Les obstacles à l’accélération de ce développement sont techniques, financiers, politiques ?…

C’est avant tout culturel. Il y a une inertie au changement. Dès que l’on change des habitudes qui ont bien fonctionné jusqu’à présent, cela crée des craintes. Or, ici, nous devons concevoir notre approvisionnement énergétique et notre consommation d’une autre manière. Aujourd’hui, les énergies renouvelables peuvent apparaître comme une contrainte, mais, en fait, elles représentent une opportunité. Tous les scénarios, même les plus optimistes, montrent que la proportion du budget que les ménages devront consacrer au poste "énergie" va augmenter. Comme les ressources en énergies fossiles vont se raréfier, c’est automatiquement celui qui paiera le plus qui en disposera et qui fixera le prix. Sans parler des conséquences environnementales et sociales de leur exploitation. Nous avons toujours ce réflexe culturel de choisir ce qui est le moins cher à l’achat, mais qui est souvent le plus coûteux sur le long terme. Un des enjeux majeurs pour développer les alternatives renouvelables et les économies d’énergie est d’amener les gens à réfléchir leur dépense sur la durée d’utilisation pour que demain, tout le monde puisse toujours satisfaire ses besoins en énergie.