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Fini les pralines, dames blanches, et autres barres de chocolat à volonté. Selon le leader du secteur, Barry Callebaut, la production mondiale de cacao sera incapable de faire face à la demande accrue de chocolat d’ici 2020 et se retrouvera en situation de pénurie. Un Suisse consomme en moyenne 12 kg de chocolat par an, un Belge 8 kg, et un Chinois… 100 grammes. Mais la demande relativement modeste des pays émergents ne cesse de progresser avec l’élévation du niveau de vie de leurs populations, et ce produit de luxe pourrait bientôt devenir un bien de consommation courante que les industriels ne seront pas à même de fournir en suffisance. "On parle de cette pénurie depuis deux ans", commente Raphaël Wermuth, responsable de la communication chez Barry Callebaut. "Nous ne sommes donc pas surpris. La production de cacao a toujours souffert d’un déficit structurel par rapport à la demande en chocolat et c’est ce déficit qui atteindra un million de tonnes en 2020."

Pour les Callebaut, Nestlé et autres Cargill, il s’agit donc de produire plus. Mais les cacaoyers n’ont plus la cote, la main-d’œuvre vieillit et la relève a tendance à privilégier d’autres cultures comme le caoutchouc ou les palmiers à huile, moins difficiles à travailler sur le terrain et nettement plus rentables sur les marchés.

Parcelles vieillissantes

"Nous ne sommes pas propriétaires des plantations qui nous approvisionnent", poursuit Raphaël Wermuth, "Au Ghana et en Côte-d’Ivoire, les deux principaux producteurs au monde (lire ci-dessus) , nous achetons les fèves aux producteurs locaux qui cultivent de petites parcelles vieillissantes. La qualité du cacao a tendance à diminuer, les arbres sont mal entretenus, et beaucoup de ces cultivateurs manquent de technique ou de l’éducation nécessaire pour optimiser leurs ressources".

Ces deux dernières années, il a en outre fallu composer avec les aléas climatiques. Selon les témoignages de plusieurs producteurs ghanéens et ivoiriens, les vagues de sécheresse qui ont sévi en Afrique de l’Ouest en 2012 et à l’été 2013 ont sérieusement affecté les récoltes des deux pays, respectivement estimées à 800 000 et 1,4 million de tonnes pour 2013 sur une capacité de production normale estimée à 900 000 et 1,7 million de tonnes. De quoi entraîner une hausse du cours du cacao sur les marchés, à la grande joie des spéculateurs qui ont vu là un excellent moyen de compenser la baisse du prix des céréales, du café et du sucre.

Du chocolat plus cher

Résultat : le prix du chocolat pourrait grimper en magasin. Mais il se pourrait également que la part de cacao présente dans certains chocolats diminue au risque d’affecter leur qualité. "Un chocolat classique contient environs 65 % de cacao", nous explique un chocolatier artisanal. "Mais on peut monter jusqu’à 70-75 % au niveau des fourrages. Plus le pourcentage de cacao est élevé, plus le chocolat est amer et si on diminue trop les quantités, on risque de se retrouver avec un produit plus fade."Valentin Dauchot