Politique belge

Le Premier ministre belge Charles Michel n’entendait visiblement pas que la discussion des leaders européens sur la migration se limite à constater les désaccords. Il a profité de l’interlude entre la fin de la réunion du Conseil européen et le début du sommet de la zone euro pour rendre compte de son intervention pendant ce débat.

Certains prédisaient que ce débat serait court, il a été “approfondi”, selon le Premier. A cette occasion, Charles Michel a jeté une pierre dans le jardin des pays d’Europe centrale et orientale - la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. “J’ai eu l’occasion de dire nettement que lorsque certains choisissent d’empêcher toute réforme du règlement de Dublin (qui assigne aux pays d’entrée des migrants dans l’UE la responsabilité de prendre en charge les demandeurs d’asile, NdlR), ça ouvre nécessairement le débat sur le territoire de la zone (de libre circulation) Schengen”, a indiqué le Belge. Pour ceux qui n’aurait pas compris : “quand ils refusent de manière entêtée, répétée, systématique, de faire preuve d'un minimum de solidarité, ils posent la question de leur maintien dans la zone Schengen”, a-t-il précisé.

“L’Union européenne n’est pas un Bancontact”

Selon nos informations, le président français Macron et le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel auraient défendu le même argument autour de la table. “Ce n’est pas la première fois que ce lien entre la solidarité pour l’accueil des migrants et Schengen est établi”, affirme une source européenne proche des discussions. “Aujourd’hui, ça a été soulevé par plusieurs pays, mais ça l’a déjà été par d’autres. C’est aussi lié au début des discussions sur le Cadre financier pluriannuel 2021-2027”, complète la même source. Les pays visés sont en effet parmi les bénéficiaires nets des fonds européens. “Vous ne pouvez pas considérer l’UE comme un Bancontact qui favorise votre développement et de l’autre côté, ne pas faire preuve de solidarité sur la migration”, a en effet insisté Charles Michel.

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Le Premier ministre belge ne s’est pas étendu sur les procédures qui permettraient de suspendre la présence d’un pays dans la zone Schengen. “Il est nécessaire que les différents experts se penchent sur la possibilité d’activer les possibilités dans le traité Schengen en cas de refus persistant de réformer le système de Dublin”, a-t-il affirmé. Visé au premier chef, le Premier ministre hongrois Viktor Orban n'est pas impressionné. "La Hongrie a été attaquée par plusieurs Etats membres sur la migrration. Ils ont lancé leur dernier assaut pour assurer que leur objectif de faire venir des migrants dans l'UE soit approuvé. Nous avons repoussé cette attaque", a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Le Pacte sur les migrations, objet de campagnes de désinformation

Charles Michel a par ailleurs établi un lien entre la migration et un autre sujet abordé ce vendredi par les Vingt-huit : celui de la désinformation. On sait combien l’adoption du Pacte des Nations unies sur la migration divise l’Union européenne et la Belgique. Les pays d’Europe centrale et l’Autriche, qui préside pourtant le Conseil de l’UE, refusent de le signer. La coalition gouvernementale belge est en sursis, depuis qu’elle a été amputée de la N-VA, qui s’opposait à ce que le Premier ministre belge signe le Pacte, à Marrakech. “Dans le cadre du Pacte, il a pu y avoir des campagnes orchestrées de manipulation visant à déstabiliser les démocraties européennes”, avance Charles Michel. Ce n’est pas qu’un problème belge, défend-il, pointant que les pays européens sont “de plus en plus confrontés à des initiatives qui tronquent le débat démocratique et rendent plus compliquée la possibilité pour chacun d'être éclairé sur différents sujets de société". Le Premier a plaidé pour que la Commission européenne ouvre des enquêtes sur des possibles opérations de désinformation et prennent des sanctions, les cas échéant.