Politique belge

Les murs de la salle qui accueille les réunions du bureau politique du MR résonnent encore des cris d’Alain Destexhe. Nous sommes lundi matin, le conseil de parti touche à sa fin. Pressé, le Premier ministre a dû quitter la réunion. Il reste alors un dernier point à aborder. Le député bruxellois Alain Destexhe a inscrit un sujet explosif : la manière dont Françoise Schepmans, bourgmestre libérale de Molenbeek, gère le ramadan dans sa commune.

Il faut crever un abcès : les deux libéraux se sont déjà disputés par mails interposés. C’est Alain Destexhe, connu pour ses prises de position contre le communautarisme, qui a tiré le premier. Dans un courrier électronique envoyé à Olivier Chastel, le président du parti, il a flingué celle qui a succédé à Philippe Moureaux à la tête d’une commune désormais associée au djihadisme.

Plus précisément, il reproche à Françoise Schepmans sa tolérance vis-à-vis du ramadan. Sur son profil Facebook, la députée fédérale a mentionné sa décision de laisser les commerçants de Molenbeek ouvrir plus tard que d’habitude en raison de la fête musulmane qui impose un jeûne jusqu’au coucher du soleil. "Il s’agit typiquement d’un accommodement dit ‘raisonnable’ avec la loi, ce qui est contraire au programme du MR", dénonce Destexhe dans son mail. D’autres reproches pleuvent sur Schepmans et sa majorité MR/CDH-CD&V/Ecolo-Groen. "La commune de Molenbeek organise toute une série d’activités autour du ramadan, dont des dégustations de thé à la menthe et de couscous (plus cliché, tu meurs) et des ateliers thématiques, notamment sur ‘l’islamophobie’. […] Il faut quand même rappeler que Françoise Schepmans a cautionné pendant 12 ans la politique de Philippe Moureaux."

Lundi, face à cette attaque, Françoise Schepmans se justifie : "Ce n’est pas juste de m’accuser alors que j’ai fermé trois mosquées et une école coranique qui n’avait aucune autorisation. C’est un peu facile de dire ça quand on ne porte pas des responsabilités et qu’on est juste dans le commentaire, balance-t-elle, émue, à Alain Destexhe. C’est plus facile de faire de la politique à Ixelles (la commune de Destexhe, NdlR) qu’à Molenbeek…"

"Alain, tu t’y prends mal…"

Cette réponse rend Alain Destexhe fou furieux. "Sa voix tremblait d’énervement, il criait. On n’avait plus vu un tel clash au parti depuis longtemps", raconte un témoin. De fait. "Heureusement qu’il y a des gens comme moi pour dénoncer ce qui se passe actuellement, hurle Destexhe. J’ ai écrit deux bouquins sur tout ça, j’ai déposé des propositions. Personne n’a voulu m’écouter et, aujourd’hui, vous voyez que j’avais raison ! Les gens se rallient à moi sur le tard ! "

Le président du MR, Olivier Chastel, doit alors intervenir pour le recadrer : "Alain, formuler tes critiques, c’est légitime. Mais tu t’y prends mal…" Il reproche notamment à Alain Destexhe une réunion avec ses collègues du groupe MR au Parlement bruxellois. Auprès d’eux, il a dénoncé le comportement de Françoise Schepmans vis-à-vis des musulmans. "Tous les collègues partageaient mon point de vue, sans exception", explique Alain Destexhe.