Politique belge

L’ex-ministre fédérale de la Mobilité accuse Didier Reynders de l’avoir poussée à la démission en alimentant les critiques contre elle. Il aurait voulu se venger de la période « Renaissance » au MR.

« Galant, je vous dis merde ! ». Le titre du livre de Jacqueline Galant qui est présenté ce jeudi matin en dit long sur son contenu. Cette phrase, c’est une opposante politique qui la lui lance au visage à la mort de son père. Elle marquera au fer rouge l’élue libérale hennuyère. Oui, le contenu du livre est « cash », comme le style de l’ancienne ministre fédérale de la Mobilité qui a dû démissionner en avril 2016. D’octobre 2014, lorsque la bourgmestre de Jurbise prête serment au Palais royal, jusqu’à sa chute, la fille spirituelle de Louis Michel va vivre un calvaire politique et médiatique. Elle a décidé de le raconter et de s’expliquer en 128 pages publiées aux éditions Luc Pire. Les couacs durant son mandat ministériel ont été nombreux : ses déclarations fracassantes sur l’abandon du RER wallon, les légèretés dans l’attribution d’un marché public de centaines de milliers d’euros au cabinet d’avocats Clifford-Chance, ses erreurs dans les chiffres...

Une jeunesse difficile...

Jacqueline Galant tente de se justifier, égratignant au passage le rôle des journalistes qu’elle estime plus soucieux de provoquer des « buzz » médiatiques que de faire un travail de qualité. Elle s’en prend également à l’ancien dirigeant de son administration (le SPF Mobilité), Laurent Ledoux. Ce dernier se serait lancé dans une cabale contre elle par vengeance suite à une évaluation défavorable. Elle l’accuse aussi de conflit d’intérêts dans la gestion du dossier de survol de Bruxelles. Elle confesse quelques erreurs personnelles, aussi. « J’ai pataugé dans ma gestion vis-à-vis de la presse », reconnaît-elle. Elle revient sur sa jeunesse difficile, entre les humiliations liées à son physique qu’elle juge durement et la souffrance causée par un père coureur de jupons.

« Reynders a alimenté les critiques »

Mais le grand coupable, l’homme de l’ombre qui, à ses yeux, a orchestré sa perte par des fuites vers les médias, c’est... Didier Reynders. Le vice-Premier ministre MR et ministre des Affaires étrangères aurait tout manigancé pour se venger de l’époque « Renaissance », lorsque Jacqueline Galant avait sorti la sulfateuse contre l’ex-président du MR. Elle soutenait alors le clan Michel dans le putsch qui allait permettre à Charles Michel de se hisser à la tête du parti. Dans son livre, l’attaque est directe : « D’où viennent toutes ces critiques et cette pression ?, s’interroge-t-elle. Je pense que Didier Reynders les a clairement alimentées. Il n’a jamais digéré le mouvement « Renaissance » initié contre lui et qui lui a coûté son poste de président du MR. Hervé Jamar (ex-ministre fédéral du Budget), Marie-Christine Marghem (ministre fédérale de l’Energie) et moi-même sommes dans le clan Michel. Pilonner avec succès les « hommes » de Charles Michel était l’occasion rêvée pour Didier Reynders de s’en prendre au Premier ministre sans devoir l’attaquer frontalement. »

« Prouver l’erreur de casting du Premier ministre »

Selon Galant, ce pilonnage reyndersien continue encore aujourd’hui contre Marie-Christine Marghem. « Il est très clair aujourd’hui qu’à l’intérieur même du parti, il y avait cette idée que les ministres de Michel devaient être d’une manière ou d’une autre bousculés et discrédités. Il fallait démontrer au chef de meute que ses choix avaient été mauvais. Il fallait leur mettre la pression, quitte à les pousser à la faute, ce qui aurait alors démontré toute l’erreur de casting du Premier ministre. [...] Hervé Jamar, quand il était ministre du Budget, a été traité d’incompétent à de très nombreuses reprises [...] Marie-Christine Marghem fait toujours l’objet des mêmes attaques. Elle serait incompétente, impétueuse, incontrôlable. »

« Charles Michel, presque un vrai ami »

Jacqueline Galant revient aussi sur son lien avec les Michel, père et fils. Les difficultés rencontrées au sein du gouvernement dirigé par Charles Michel semblent avoir écorné sa relation avec le Premier ministre. « C’est dans ce contexte de « Renaissance » que Charles et moi sommes devenus des proches. [...] Je pense qu’à un moment donné, nous avons presque été de vrais amis. On se téléphonait plusieurs fois par semaine et on parlait de la vie, du travail, de la famille, des projets, politiques ou non. On se voyait souvent pour manger un bout. [...] Je me suis souvent demandé si nous étions de vrais amis. Je crois que ma montée au gouvernement a changé bien des choses... »