Politique belge

C’est Benoît Lutgen qui avait relancé ce vieux débat politique. En avril dernier, il annonçait vouloir réformer le système électoral belge de manière radicale. Selon le président du CDH, la démocratie gagnerait à ce que soient supprimées la case de tête et les suppléances.

De quoi parle-t-on ? Des listes électorales. Le vote en case de tête est celui qui se dirige vers la liste dans son ensemble et non pour un ou des candidats en particulier. Les voix ainsi récoltées - on parle du "pot" - sont redistribuées aux candidats dans l’ordre de la liste jusqu’à épuisement. Ce "pot" a déjà été réduit de moitié il y a quelques années. La liste des suppléants comprend pour sa part les candidats qui montent au Parlement à la place des élus effectifs qui ne siègent pas (par exemple pour exercer un mandat de ministre). L’idée de supprimer ces deux systèmes fait son petit bonhomme de chemin. En novembre dernier, le MR a déposé un texte allant dans ce sens à la Chambre. Benoît Lutgen, en tant que député, a fait de même en décembre. Il est aujourd’hui imité par le CDH bruxellois.

Pas pour le prochain scrutin

Le chef de groupe au Parlement régional Benoît Cerexhe va incessamment déposer deux propositions d’ordonnance visant à supprimer et la case de tête et la suppléance. "La Région bruxelloise n’était pas en mesure de le faire auparavant, expose M. Cerexhe. Elle ne dispose en effet de l’autonomie constitutive nécessaire que depuis le 1er janvier dernier, suite au vote de la sixième réforme de l’Etat". Sa démarche poursuit un objectif de démocratisation et de clarté. "Il s’agit d’aligner le processus électoral de la Région avec celui des communes, où c’est le premier non-élu en termes de voix de préférence qui siège en cas d’empêchement d’un conseiller communal." Cet alignement rendrait la démocratie bruxelloise plus lisible, estime-t-il. Cette mesure donnerait ensuite plus de pouvoir à l’électeur aux dépens du parti qui détermine l’ordre des candidats sur sa liste et décide donc de qui bénéficie du fameux pot. "Après chaque élection, il apparaît qu’un certain nombre de candidats, bien qu’ayant reçu le plus grand nombre de voix de préférence au sein de leur liste, ne sont pas élus en raison de l’attribution, aux premiers candidats de la liste, des voix de la case de tête", précise Benoît Cerexhe dans sa proposition. Sans ces voix de case de tête, ceux qui obtiennent directement le plus de voix seraient élus.

Le CDH bruxellois n’entend néanmoins pas obtenir un vote et donc une mise en œuvre avant les élections du 25 mai prochain. "Les délais sont trop courts, dit Benoît Cerexhe qui entend "lancer le débat afin que la future majorité régionale s’engage dans cette voie". Au passage, il lance également l’idée de modifier le mode de décision de la Région bruxelloise, en impliquant directement les communes via un organe consultatif. Son avis serait systématiquement demandé à chaque décision le concernant.

Ecolo et PS pas chauds

Le CDH est-il isolé sur ces questions ? Interrogé par "La Libre", le FDF se dit tout à fait favorable à la suppression et de la case de tête et des suppléances. Même discours au MR. "La suppression de la case de tête rendrait la démocratie plus directe", estime Vincent De Wolf, chef de groupe libéral au Parlement bruxellois. Chez Ecolo, on se montre plus sceptique : "L’équilibre actuel est satisfaisant à nos yeux". Les verts évoquent un risque : celui de favoriser une logique individuelle au détriment de l’action collective d’une liste. En clair, le "pot" permet d’éviter à l’élection de devenir une course aux candidats "stars" et de limiter la tentation de faire des "coups" payants sur le plan électoral mais peu profonds sur le fond.

Le PS se dit "ouvert à tout" mais rappelle qu’on vient de réformer le système électoral (on ne peut plus se présenter sur plusieurs listes et l’élu est obligé de siéger là où il s’est présenté), ce qui limite déjà le poids de la suppléance. "La case de tête permet de faire élire des candidats de zones rurales, moins peuplées, des candidats moins connus ou de favoriser l’élection des femmes", ajoute le boulevard de l’Empereur.Mathieu Colleyn