Politique belge

Et si Georges-Louis Bouchez avait vu juste ? Lorsque, fin août, il propose dans "La Libre" de supprimer l’obligation de vote en Belgique, l’hostilité est générale. Les partis, les uns après les autres, lâchent des communiqués incendiaires s’indignant de la dernière trouvaille de l’ex-député wallon MR et ex-échevin de Mons. Y compris chez les réformateurs, on trouve des ténors politiques pour critiquer la sortie de Georges-Louis Bouchez. L’obligation de vote serait sacrée dans la démocratie belge, entend-on. Laisser tomber ce système atypique serait ouvrir dangereusement la porte à la démobilisation des citoyens, aux votes extrémistes.

65 % des Belges iraient voter

Et pourtant… Rien de tout cela. Selon le dernier baromètre politique de "La Libre/RTBF/Dedicated", un Belge sur deux voudrait que voter ne soit plus une obligation mais un simple droit. Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas d’effondrement de la vie démocratique car, selon le sondage, 65 % des Belges iraient tout de même voter (24 % resteraient chez eux et 11 % n’ont pas d’avis clair sur la question).

Et dans les rapports de force, que se passerait-il si, demain, le système électoral revenait sur cette obligation instaurée en 1893 ? A l’époque, le parti catholique avait imaginé l’obligation de vote afin de pousser les paysans, plus favorables à leurs idées, à aller voter le dimanche plutôt que de labourer les champs.

Aubaine pour le MR

D’après notre nouveau sondage, la première grande conséquence serait l’ancrage du MR comme premier parti en Wallonie et à Bruxelles. Il ne s’agirait pas d’un raz-de-marée mais, devançant le PS partout, les libéraux pourraient bousculer le jeu politique. C’est le centre de gravité de la politique, du côté francophone, qui se déplacerait vers la droite. Comme nouveau leader, le MR pourrait faire tourner les futures coalitions régionales autour de lui. Actuellement, fort de sa position de premier parti, le PS a la main et, depuis 2004, a toujours exclu le MR des entités fédérées.

Le CDH humilié

Pour le politologue Pascal Delwit (ULB), l’abandon du droit de vote pénaliserait surtout le PS et le CDH. En effet. A Bruxelles, par exemple, les socialistes tomberaient à 17,4 % des votes tandis que les humanistes seraient humiliés (5,5 %). En Wallonie, à part une nette percée du MR (26,4 %), les résultats des autres partis seraient assez stables par rapport au mode de scrutin actuel reposant sur l’obligation de vote.

Autre enseignement du baromètre : contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’évolution vers un simple droit de vote ne renforce ni l’extrême droite ni l’extrême gauche. En Wallonie, le PTB y perdrait même quelques plumes.

Statu quo pour le Belang

Autre exemple : celui du Vlaams Belang. L’extrême droite flamande fait depuis plusieurs semaines son grand retour. Le Belang fait très mal à la N-VA en reconquérant, pas à pas, son ancien électorat siphonné par le parti de Bart De Wever. Mais, en cas d’abandon du vote obligatoire, le "VB" n’en profiterait pas particulièrement.

De manière générale, il n’y aurait d’ailleurs pas de grands bouleversements en Flandre. Le classement entre les formations politiques reste identique en cas de vote obligatoire ou de vote facultatif. Etrangement, au Nord du pays, ce sont surtout les électeurs du Vlaams Belang qui réclament l’abandon de l’obligation électorale.

Les écolos partisans de l’obligation

En Wallonie, les électeurs du CDH et d’Ecolo sont les plus fervents adeptes du vote obligatoire. Tandis que ceux du PTB y sont les plus opposés. Sans doute, faut-il y voir la trace d’une tendance "anti-establishment" chez les partisans du parti marxiste.

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Fiche technique:

Ce sondage a été effectué par Internet, du vendredi 2 au mardi 6 septembre 2016, sur un échantillon strictement représentatif de 2.881 électeurs belges . Les enquêtes ont été réalisées dans chacune des 3 régions de Belgique: 1.002 en Flandre, 917 à Bruxelles (19 communes) et 962 en Wallonie. La sélection des répondants a été réalisée par Internet dans le respect de quotas sur les principaux critères sociodémographiques (sexe, âge, actifs/non-actifs,…) et répartie de façon représentative entre les provinces de Flandre et de Wallonie et entre communes pour la Région Bruxelles-Capitale. La marge d’erreur maximale est de ± 3,2 % sur les échantillons de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre et de ±1,8 % sur l’échantillon total.