Politique belge

Le vice-Premier ministre N-VA a dirigé pendant cinq ans un club de débat lié au Vlaams Belang, selon une enquête de ResistanceS.be.

Les relations sulfureuses qu'a entretenues avec l'extrême droite le vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) n'ont pas fini d'alimenter la chronique. Un nouvel élément à charge du dirigeant nationaliste flamand est apporté ce mercredi suite à une enquête menée par ResistanceS et AFF/Verzet et que "La Libre" a pu lire. Selon les deux journaux en ligne antifascistes, le ministre Jambon a menti sur ses liens avec l'extrême droite et volontairement minimisé son implication dans le Vlaams-Nationale Debatklub (VNDK), un cercle de réflexion dirigé notamment par des responsables du Vlaams Belang. (1)

Le 12 octobre dernier, le ministre de l'Intérieur était interviewé au JT de RTL-TVi. A propos d'une photo (voir ci-dessous) le montrant, en 1996, écouter un discours de Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national français, Jan Jambon a expliqué que "c'est le droit de chacun d'aller écouter quelqu'un qui donne une explication et de faire son opinion ensuite. Ca ne veut pas dire que tu supportes ces idées".

© D.R.
Le lendemain, dans "La Libre" (voir ici), Jan Jambon ajoutait que la photo avait été prise lors d'une rencontre organisée par un "cercle de débat à Anvers qui invite chaque mois une personnalité connue", sans aucune autre précision. Il signalait que Kris Merckx, du PTB, avait lui aussi donné une conférence dans ce cercle.

Selon ResistanceS, Jan Jambon omet de dire que ce cercle de débat se nomme Vlaams-Nationale Debatklub (VNDK), un cercle de réflexion nationaliste lié à l'extrême droite. Plus grave, ajoute le site antifasciste, en utilisant comme alibi pour justifier sa rencontre avec Jean-Marie Le Pen, la présence d'un responsable du PTB comme orateur dans le même club, le ministre de l'Intérieur a tout simplement menti. Kris Merckx nie avoir jamais été invité du VNDK. Pour en avoir le coeur net, Kris Merckx a lui-même écrit à Koen Dillen, le fils du président-fondateur du Vlaams Belang Karel Dillen. Koen Dillen, qui présida le VNDK de 1991 à 2001, répondit à Kris Merckx qu'il n'avait jamais parlé devant le VNDK, ni été son invité.

Mais l'enquête ne s'arrête pas là. Alors que le vice-Premier N-VA laisse entendre qu'il n'était qu'un simple participant venu écouter le dirigeant du FN français, ResistanceS et AFF/Verzet se sont procuré des documents internes au VNDK (voir documents au bas de l'article) qui prouvent que Jan Jambon a été membre de la direction du club de 1995 à 2000, en compagnie de dirigeants du Vlaams Belang. (2)

Contrairement à ce qu'il affirme, Jan Jambon a donc été membre dirigeant d'un groupe de réflexion qui a offert une tribune au président du Front national français, un homme qui a eu une grande influence sur l'extrême droite en Flandre. ResistanceS ajoute qu'à la table de Jan Jambon, lors du discours de Jean-Marie Le Pen, figuraient les chefs du Vlaams Blok (l'actuel Vlaams Belang) Frank Vanhecke, Francis Van den Weynde, Koen Dillen et Filip Dewinter.

Le VNDK, qui se présente comme un cercle pluraliste, rétorquera qu'il a également invité d'autres personnalités, telles que Guy Verhofstadt ou Leo Tindemans. Mais pour les auteurs de l'enquête, force est de constater que la majorité des intervenants du VNDK appartiennent à la même famille politique : des dirigeants du Vlaams Blok/Vlaams Belang, comme Karel Dillen ou Filip Dewinter; du Vlaamse militanten orde (VMO), comme Bob Maes (à l'anniversaire duquel s'est rendu le secrétaire d'Etat N-VA Theo Francken); ou des figures de proues de la collaboration.

Pour le site anti-fasciste, le vice-Premier ministre N-VA a bel et bien dirigé un cercle de réflexion d'extrême droite. Il se demande combien de temps encore le Premier ministre Charles Michel (MR) pourra tolérer la présence de M. Jambon au sein de son gouvernement. Ce mercredi soir, Charles Michel (MR) n'a pas souhaité réagir.

(1) Le détail de l'enquête est à lire sur resistancesnews.be

(2) Les documents au-delà de 2000 n'étant pas disponibles, ils n'ont pas pu déterminer si Jan Jambon avait continué à diriger le club au-delà de 2000.


Jan Jambon: "Et alors?"

Interrogé par "La Libre" suite à la parution de ces informations, Jan Jambon reconnaît, via son porte-parole, avoir été membre de la direction du Vlaams-Nationale Debatklub (VNDK). Mais il ajoute immédiatement: "Et alors?". Pour le vice-Premier N-VA, le VNDK est "un club tout à fait correct". "Et puis, qu'est-ce que cela signifie de faire partie de la direction d'un club ? Quand on est un peu actif dans la société, on peut être dans la direction d'une centaine de clubs."

Mais le VNDK invite souvent des personnalités d'extrême droite. Et M. Jambon l'a dirigé en compagnie de représentants du Vlaams Belang. "Oui, mais ce n'est pas parce qu'on est dans le même club, que l'on a les mêmes idées", réagit le porte-parole du ministre de l'Intérieur. "Et ce n'est pas un club du Vlaams Belang!"

Quant au "mensonge" sur la venue du PTB Kris Merckx au club nationaliste, le ministre fait savoir qu'il s'agit d'"une erreur de sa mémoire". "Peut-être que c'est dans un autre lieu qu'il a vu Kris Merckx."


Bart De Wever lui aussi impliqué

© Belga
Bart De Wever, bourgmestre d'Anvers et président de la Nieuw-Vlaamse Alliantie, était également présent à la causerie de Jean-Marie Le Pen, au VNDK, en 1996. Bart De Wever a admis qu'il y était présent en tant que spectateur et historien. Mais les documents révélés par ResistanceS et AFF/Verzet montrent que Bart De Wever s'est par la suite davantage impliqué dans le cercle de débat nationaliste lié à l'extrême droite. En 2000, alors que le VNDK fêtait ses vingt ans d'existence, le président de la N-VA figurait parmi les membres de la direction du club, en compagnie de Jan Jambon.


Les documents internes au VNDK

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