Politique belge

Elio Di Rupo a repris le chemin des bilatérales. Prié mercredi par le Roi de tenter de relancer la formation du gouvernement, il s’est entretenu avec chacun des partis associés à la discussion. Mais c’est évidemment avec les libéraux, et singulièrement les libéraux flamands, qu’il a eu les contacts les plus appuyés. Car, on le sait, c’est dans la famille libérale que les réticences à son épure budgétaire sont les plus grandes.

Elio Di Rupo a rencontré Alexandre De Croo, le président de l’Open VLD et Charles Michel, son homologue du MR. L’objectif était de vérifier qu’une reprise de la négociation ne conduirait pas immanquablement à un échec, que les points de vue peuvent être conciliés malgré la distance qui oppose toujours socialistes et libéraux. Le formateur refuse en effet de forcer l’allure. C’est d’ailleurs le message délivré jeudi matin par le ministre de l’Energie Paul Magnette (PS). "La pire des choses pour la formation d’un gouvernement serait de se remettre immédiatement à la table des négociations et constater un blocage dans les heures à venir", a-t-il prévenu sur les ondes de La Première (RTBF).

Mais le formateur n’a quand même pas toute la vie devant lui. Il y a la pression des marchés financiers qui réclament de la stabilité et une perspective budgétaire rassurante. Il y a celle de la Commission européenne qui attend un projet de budget pour la mi-décembre. Il y a aussi la dynamique de la négociation. Plus il attend, plus l’énervement guette. Au risque de mettre en péril ce qui avait été engrangé. Ainsi le CD&V, plutôt resté discret jusqu’à présent a montré jeudi des signes de fébrilité. Dans un entretien sur les ondes de la radio Twizz, le député Hendrik Bogaert (CD&V) a regretté que la note du formateur faisait trop peu cas des réformes de structure qu’il faudrait apporter en matière de chômage, de fin de carrière, de soins de santé. Il rejoignait l’Open VLD - jaloux peut-être de voir que l’intransigeance de l’Open VLD recueillait des échos favorables en Flandre.

A l’issue des contacts que le formateur a eus avec les libéraux jeudi, on attendait un signe de reprise des négociations. Il n’y a rien eu. La preuve que des divergences importantes subsistaient. Surtout entre le PS et l’Open VLD.

Car les signes que le MR a envoyés jeudi au formateur semblaient plutôt positifs. Les libéraux francophones, même s’ils estiment avoir été un peu dupés lors des événements du week-end, s’inscrivent dans une démarche positive. Moyennant quelques aménagements, (exonération au bénéfice des PME de certaines charges pour les entreprises, limitation de l’impact des mesures prévues à l’encontre des voitures de société), les troupes de Charles Michel estiment qu’un accord est toujours possible.

Avec l’Open VLD, l’affaire est plus compliquée. Il y a toujours plusieurs points de la note qui ne passent pas auprès d’Alexander De Croo : les voitures de société qui seraient encore trop taxées, la dégressivité des allocations de chômage qui serait trop lente, la réforme du stage d’attente qui ne serait pas assez radicale, la cotisation de crise sur les gros patrimoines qui serait trop lourde, les efforts en soins de santé qui seraient trop limités, la taxation des plus values qui serait trop sévère la première année et le système des prépensions pour entreprises en difficultés qui serait encore et toujours trop généreux.

Cela dit, au sein même de l’Open VLD, tout le monde ne semble plus suivre aveuglément la ligne tracée par le président. Certains jugent qu’il ne consulte pas assez les siens et se demandent s’il ne se laisse pas aveugler par son entourage proche. D’autres s’interrogent sur l’intérêt qu’il y a à maintenir une position dure. Qu’est-ce que le VLD aurait à gagner d’un échec ? Dans un premier temps, il pourrait se vanter de ne pas avoir cédé face à la gauche wallonne, "la plus archaïque d’Europe". Mais à plus long terme ? Comment vendra-il auprès des électeurs le fait qu’il a toujours les mains vides ? D’autant qu’un blocage persistant pourrait rendre des couleurs à un Yves Leterme pourtant annoncé en partance pour l’OCDE, mais à qui il ne déplairait pas d’endosser le rôle d’homme providentiel et de rester à la tête du gouvernement belge. L’Open VLD aurait alors tout perdu.

Et puis, il y a aussi une question de stratégie. Faut-il vraiment avoir un accord qui entre dans le détail des mesures ? N’est-il pas possible de ne retenir que les grandes lignes d’un accord et de laisser au prochain gouvernement le soin de lui donner tout son contenu ?

La nuit portera peut-être conseil. Le formateur ne pourra en tout cas plus retarder l’échéance. On s’attend à ce qu’il reprenne l’initiative ce vendredi.