Politique belge

La pension à points imaginée par le gouvernement Michel pour remplacer le système actuel à l’horizon 2030 a pris un coup dans l’aile, ce lundi, à l’occasion d’une réunion du Comité national des pensions (CNP). Composé de responsables patronaux, syndicaux et des autorités fédérales, ce comité a été chargé de plancher sur les réformes mises à l’agenda par la "suédoise" : pension à temps partiel, pénibilité du travail et pension à points (lire ci-dessous).

Lundi, ce système à points a fait l’objet d’une présentation par le service fédéral des pensions (qui gère les pensions des salariés et des fonctionnaires) et l’Inasti (qui a en charge celles des indépendants). A lire leur note, le système à points va coûter cher, pour pas grand-chose.

Un des principaux avantages du système à points, du point de vue des gestionnaires de la sécurité sociale, est de maintenir les dépenses de pensions sous contrôle. En effet, chaque année, les autorités fixeront la valeur du point, ce qui déterminera le montant de la pension que toucheront les citoyens qui partent à la retraite cette année-là. Mais les autres bénéfices escomptés sont déjà possibles dans le système actuel, pointent les responsables des administrations : on peut déjà renforcer le lien entre travail et pension (en différenciant périodes de travail et périodes assimilées comme le crédit-temps); la pension à temps partiel pourrait déjà être intégrée; la gestion des carrières mixtes (salariés-indépendants-fonctionnaires) ne serait pas plus aisée avec les points…

Nombreux inconvénients

Bref, les avantages du système à points seraient limités. Quant aux inconvénients, ils ne manqueraient pas, parmi lesquels "la grande difficulté de la transition" et l’obligation de maintenir "pendant une très longue période" deux systèmes différents. En outre, il risque de devenir un système purement mathématique qui permet des modifications pour résoudre des problèmes budgétaires en perdant de la lisibilité.

Last but not least, développer un système de pensions à points coûterait très cher, alors que l’on vient d’investir 16 millions d’euros sur la période 2010-2018 dans une amélioration du système actuel et notamment dans MyPension.be, une interface conviviale qui permet à chacun de connaître la date et le montant de sa retraite. Cet argent aurait été investi à perte et il faudrait débloquer au minimum 38 millions d’euros supplémentaires (en informatique et en ressources humaines) pour mettre au point le nouveau système.

"En tant qu’administration , concluent les fonctionnaires dirigeants , nous nous posons la question du coût de ce changement au regard de ce qui est déjà mis en place pour répondre aux différentes questions du citoyen. Nous estimons que les réformes structurelles sont possibles dans le système que Mypension a rendu lisible et accessible." Autant dire que cette présentation a jeté un froid parmi les membres de la commission.


La pension à points, c’est quoi ?

Dans un système à points , la pension est calculée au départ d’un nombre de points accumulés par le citoyen au cours de sa carrière. Les points sont placés sur un compte individuel et convertis en euros une fois arrivé l’âge de la retraite. Les points sont obtenus en travaillant et leur nombre dépend du rapport entre le revenu du travailleur et le revenu moyen des actifs dans le régime spécifique (salarié, indépendant ou fonctionnaire) et de la longueur de la carrière individuelle par rapport à la carrière de référence dans ce régime. Si durant une année donnée, un salarié a gagné autant que ce que tous les salariés ont gagné en moyenne durant cette année, il obtiendra un point sur son compte pour cette année. S’il a gagné plus que la moyenne, il obtiendra plus. La valeur du point est fixée chaque année, pour chacun des trois régimes.