Politique belge

Les négociateurs ont abouti hier, tard dans la soirée, à un accord sur les trois points délicats qui subsistaient pour boucler le volet institutionnel.

Sur la problématique des législatures, on a retenu la solution visant à porter la législature fédérale à 5 ans et ainsi aligner les législatures fédérales (actuellement de 4 ans), régionales et européennes. L’alignement des législatures entrera en vigueur à partir de 2014, années où les élections régionales, fédérales et européennes tomberont ensemble. Les écologistes et le SP.A voulaient obtenir ce recouplage des élections régionales et fédérales. Les socialistes flamands estimaient que l’éparpillement des scrutins était de nature à nuire à la lisibilité du système démocratique. Et ils étaient prêts à tout pour obtenir gain de cause. La présidente Caroline Gennez estimait avoir fait assez de concessions jusqu’à présent et s’être beaucoup dépensée pour rapprocher les points de vue. Elle demandait à être récompensée pour tous ses efforts. Mais le CD&V et dans une moindre mesure, le PS, n’étaient pas très chauds à l’idée de rassembler les scrutins. Ils redoutent que les élections fédérales éclipsent leurs homologues régionales.

Hier soir, il a aussi été convenu que la sécurité civile (protection civile et pompiers) restera finalement fédérale ainsi que le code de la route avec certaines possibilités pour les Régions d’intervenir sur leurs voiries. Il est notamment prévu que les Régions pourront fixer des limitations de vitesse et prélever des amendes sur les voiries régionales.

Les services de secours - service d’incendie et protection civile - resteront donc une matière fédérale. L’idée de leur régionalisation avait été évoquée dans la note du formateur mais jusqu’à présent elle n’avait pas été fort étudiée. C’est Marc Gilbert, le président de la Fédération royale des corps de sapeurs pompiers de Belgique, qui a relancé la piste. Dans un courrier envoyé aux présidents de parti, il a dit ne plus s’opposer à une régionalisation. "Je trouvais que le métier de pompier devait être mené de la même façon partout en Belgique, explique-t-il. Mais comme aujourd’hui 60 à 70% des budgets vont à la Flandre contre seulement 30 à 40% à la Wallonie, laquelle compte certes moins d’habitants, mais est quand même nettement plus étendue, il y a déjà de grandes différences entre les Régions. On ne travaille plus de la même façon. La régionalisation ne me fait dès lors pas peur. Mais à une condition : que l’on finance enfin correctement les services d’incendie wallons".

Finalement, les négociateurs n’ont donc pas retenu cette idée.

L’ensemble était qualifié par plusieurs négociateurs de bon accord. Ils ont ensuite repris la relecture des textes concrétisant les accords déjà engrangés jusqu’à présent. Et à ce niveau, ça chipote encore. "Chaque mot est disséqué, glisse une source proche de la négociation. On chipote sur chaque phrase alors que tout le monde est d’accord sur le sens des réformes. C’est l’enfer".

Jeudi soir déjà, le formateur Elio Di Rupo avait interrompu le travail de relecture parce qu’il trouvait le rythme de progression beaucoup trop lent. Il pensait qu’une bonne nuit était nécessaire aux négociateurs pour relancer le turbo. Mais dès la reprise, vendredi matin, la relecture des textes est retombée dans ses travers de la veille. Elio Di Rupo a alors donné de la voix. Si dans un premier temps il semblait s’époumoner en vain, dans un second, les choses ont évolué de manière favorable.

Tous les dossiers délicats ayant enfin abouti à un nouvel accord partiel, ils ne sont donc plus de nature à venir compromettre un accord global. On l’attend ce week-end. Le formateur devrait organiser une conférence de presse, lundi ou mardi, pour présenter le tout. Il rencontrera alors les partis les uns après les autres pour fixer la composition du prochain gouvernement. Après quoi, il pourra lancer le début de la négociation socio-économique. Enfin.