Politique belge

Ce soir, sur RTL, le président du MR (et Premier ministre) Charles Michel va affronter le président du PS (et ancien Premier ministre) Elio Di Rupo. Ils se sont préparés, ont travaillé leurs attaques et leurs répliques avec leurs plus proches collaborateurs, ont réfléchi à l'attitude corporelle qu'ils adopteront lors de leur duel télévisé. Rien n'est laissé au hasard chez les deux leaders.

Kennedy versus Nixon

Et ils ont de bonnes raisons de se préparer à ce point. Les face-à-face entre candidats peuvent être des moments forts d'une campagne. Parfois même, un basculement est possible en faveur d'un camp ou d'un autre.

On se souviendra de la tournure du premier grand duel télévisé de l'histoire. C'était en 1960, aux Etats-Unis. Alors vice-président des USA, Richard Nixon, qui avait sous-évalué l'impact de l'image sur les électeurs, a, dit-on, perdu les élections face à son jeune challenger à cette occasion. Il était mal habillé, avait refusé le maquillage, semblait nerveux… Au contre, Kennedy était sûr de lui, dynamique et plein d'énergie. 90% des foyers américains étant équipés de téléviseurs déjà à cette époque, cette image négative de Nixon avait durablement marqué les esprits.

En France, on se souviendra évidemment des petites phrases assassines de Giscard d'Estaing contre Mitterrand (en 1974, "vous n'avez pas le monopole du cœur" ; "vous êtes l'homme du passé"), de Mitterrand contre Giscard (1981, "vous êtes l'homme du passif"), de Mitterrand contre Chirac (1988, "Mais vous avez tout à fait raison Monsieur le Premier ministre").

Beaucoup plus récemment, le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen avait jeté une lumière cruelle sur le manque de connaissance des dossiers de la cheffe de l'extrême droite française…

En 2009, Elio avait créé la surprise

En Belgique aussi, il y a des moments forts lors des débats télévisés. Voici un exemple qui devrait inquiéter Charles Michel pour le débat de ce soir… En 2009, Elio Di Rupo avait créé un évènement de campagne en rejetant à l'avance toute majorité gouvernementale avec les libéraux. "Je ne m'allierai pas avec le MR pour gouverner Bruxelles et la Wallonie", avait-il lancé lors d'un débat télévisé l'opposant à Didier Reynders (qui était alors président du MR). Le président du PS, avec l'effet de surprise qu'avait causé son annonce, avait déstabilisé son adversaire politique.

Ce soir, le choc annoncé entre Charles Michel et Elio Di Rupo pourrait également marquer un tournant dans cette campagne. Si, par exemple, le libéral et le socialiste s'opposaient violemment, la polarisation autour du MR et du PS pourrait faire passer d'autres formations au second plan (Ecolo, en particulier).