Politique belge

Le PS se prononce sur un décumul financier dans un climat de remobilisation militante. Question légale en trouble-fête. 

La bruine se transformait parfois en pluie battante, alors que se succédaient les orateurs à la tribune du congrès dominical du Parti socialiste. Les militants étaient, malgré cette détestable météo, venus en nombre à ce rendez-vous qualifié d’historique, car il doit tourner la page des affaires. A tel point que la tente plantée au bord des lacs de l’Eau d’Heure n’a pas pu contenir une assemblée estimée à plus de 2 000 personnes. "Réunir autant de monde dans le fin fond du Hainaut un dimanche matin… le PS est le seul parti capable d’une telle mobilisation", assurait un militant. En effet, la remobilisation de la base en rassurait plus d’un. L’heure est grave et toutes les strates de l’appareil l’ont bien compris.

De gouvernance, il était question à l’occasion de ce congrès "statutaire" précipité par le scandale. Les délégués des quatorze fédérations du PS furent invités à expliquer la position de leurs instances sur toute une série de propositions, reflétant des débats internes souvent passionnés. La plus emblématique d’entre elles invitait à choisir entre deux formules de décumul : le décumul des rémunérations et le décumul intégral (mandat unique). C’est la première qui a emporté la mise, alors qu’une série de députés bourgmestres ou échevins avait entamé un lobbying pour inverser une tendance notamment imprimée par un Paul Magnette convaincu par le décumul intégral. Elio Di Rupo, président du PS, a toutefois confirmé que si tout député, échevin ou bourgmestre exerçait son mandat local à titre gratuit, le cumul serait interdit dans les communes de plus de 50 000 habitants. "Dont acte."

L’opposition, "la meilleure chose qui puisse nous arriver"

Mais il y a un "mais", soulevé dès dimanche par certains socialistes. Le décumul financier c’est bien, mais ça paraît déjà bancal sur le plan légal. Le site de l’Union des villes et communes wallonnes confirme que "les mandataires locaux ne peuvent renoncer à leur traitement". En clair, un échevin ou un bourgmestre doit être rémunéré, selon la loi, indique l’Union. La mesure socialiste doit entrer en vigueur au scrutin d’octobre 2018. "Nous trouverons une solution d’ici là", réplique brièvement le porte-parole d’Elio Di Rupo. Si une majorité s’impose pour modifier la loi, on souhaite du courage au PS.

Mais celui-ci a arrêté d’autres réformes. L’ensemble des mandats dérivés des mandats communaux ou provinciaux seront exercés à titre gratuit. Par ailleurs le plafonnement de tous les revenus des mandataires socialistes a été réduit à 100 % de l’indemnité d’un parlementaire (environ 120 000 euros brut par an). Le PS a également adopté d’autres projets qui seront traduits en propositions de loi : mesures contre le conflit d’intérêts; publication des listes de présence aux réunions; création d’un registre des lobbyistes; ou encore parité hommes-femmes dans les exécutifs. Voilà pour les réformes avant une vaste réflexion issue d’un "chantier des idées", chargé d’ancrer le programme socialiste dans la réalité d’aujourd’hui. Deux nouveaux congrès sont programmés à l’automne. Certains veulent déjà en faire des rendez-vous idéologiques.

En attendant, ces débats de fond constituent un exercice salutaire pour les militants. "La parole se libère, confiait l’un d’eux, fatigué par les décisions prises en chambre". "Une cure d’opposition est sans doute la meilleure chose qui puisse nous arriver… Benoît Lutgen nous a fait en réalité un beau cadeau", estimait un PS wallon. Au PS, tout le monde est d’accord pour dire que le parti doit se ressourcer. Sur la méthode, c’est autre chose.