Politique belge Le ministre de la Défense juge que l’offre française n’est pas recevable. Pas si vite, répliquent les libéraux.

Le Rafale n’a pas encore explosé en plein vol. Pour le MR, l’offre française, formulée dans le cadre de la course à la succession du F-16, ne doit pas être enterrée trop vite. La problématique sera abordée ce vendredi en kern (gouvernement restreint).

Mercredi matin, en commission de la Défense de la Chambre, le ministre Steven Vandeput (N-VA) a fait le point sur l’état d’avancement du processus de remplacement des chasseurs belges. Seuls deux des cinq candidats engagés dans la compétition ont remis une offre dans les temps (7 septembre) : le F-35 américain de Lockheed Martin et l’Eurofighter du consortium européen éponyme.

Le Gripen suédois de Saab et le F-18 américain de Boeing avaient annoncé qu’ils renonçaient à la compétition. Enfin, et c’est le cœur du débat, le Rafale français de Dassault a choisi sa propre voie, en dehors de la procédure fixée par le gouvernement belge.

Le 6 septembre, a expliqué mercredi M. Vandeput, la ministre française des Armées lui remettait une lettre proposant à la Belgique un partenariat stratégique global autour du Rafale. Mais selon lui, donner suite à cette proposition "exposerait l’Etat belge à la critique et à des poursuites" car elle ne répond pas au cadre prévu par l’appel d’offres du gouvernement (le "Request for Government Proposal", RfGP). En clair, le ministre rejetait la candidature du Rafale, même s’il précisait que la décision revenait au conseil des ministres.

Vif échange entre Miller et Vandeput

Les choses ne sont toutefois pas aussi limpides. Mercredi, en début de matinée, avant la réunion de la commission Défense, se tenait à huis clos une commission "Achats militaires". "La Libre" a appris que la séance a donné lieu à un échange assez vif entre le ministre et le député MR Richard Miller.

En substance, ce dernier lui a demandé si le gouvernement garde la possibilité de mettre fin au RfGP; si le RfGP est contraignant (faut-il d’office choisir l’un des deux candidats qui ont remis une offre ?); et quel est l’intérêt porté à la lettre française. Ces questions ont eu le don d’énerver M. Vandeput. "Il a engueulé tout le monde", nous raconte-t-on.

Sur le fond, il s’est retranché derrière les deux avis juridiques qui avaient été sollicités par l’exécutif afin d’analyser la validité de la demande française. C’est sur cette base qu’il faut comprendre la réponse donnée durant la commission Défense. Selon le ministre, en acceptant l’offre française, le gouvernement s’exposerait à des poursuites juridiques.

Enjeux économiques majeurs

Mais une fois encore, les choses ne sont pas aussi simples. Au MR, on juge que Steven Vandeput s’est avancé beaucoup trop vite. "Sur ce dossier, comme sur bien d’autres, les ministres n’ont pas à donner d’avis personnels. La décision revient au gouvernement et les ministres doivent la défendre", commente David Clarinval, le chef des libéraux à la Chambre.

Il semblerait que les deux avis juridiques (de la Défense et du cabinet d’avocats Stibbe) ne sont pas aussi catégoriques que le prétend M. Vandeput. Dès lors, le MR, mais aussi l’Open VLD et le CD&V, voudraient au moins prendre le temps d’analyser en profondeur la proposition française, en connaître tous les détails, avant de la jeter à la poubelle. Le kern abordera le sujet ce vendredi.

Derrière le dossier, ce qui se joue, c’est des retombées économiques potentiellement énormes pour la Belgique, singulièrement pour la Wallonie. Et la possibilité - mentionnée dans la lettre française - d’intégrer le partenariat voulu par la France et l’Allemagne en vue de la fabrication d’un avion de chasse européen à l’horizon 2040.