Politique belge

Allons-nous devoir réclamer la présence d’observateurs internationaux pour déterminer si les conditions d’organisation des élections législatives sont démocratiques et pluralistes ?"

Attablé au restaurant "Portrait de famille", entouré des candidats jeunes et moins jeunes, Mischaël Modrikamen, le président du Parti populaire, est furieux. Les partis "établis", comme il les appelle, ont refusé d’apporter leur signature pour la présentation des petits partis. Ou plutôt des "nouveaux" partis, car le PP ne se considère pas comme un petit parti. Seul Ecolo, à qui Mischaël Modrikamen rend hommage, a fait la moitié du chemin en proposant la signature d’un élu - il en faut deux. Mais cela reste insuffisant. Dès lors, les militants du PP se démènent depuis plusieurs jours pour récolter les centaines de signatures de simples citoyens (il en faut même 5000 pour le Sénat). Un travail de fourmi quand on sait que, de surcroît, certaines administrations étaient closes lundi matin et seront aussi fermées ce jeudi. Le PP, comme les autres formations naissantes, n’aura donc que deux jours et demi pour se mettre en ordre de bataille.

Or, pour Mischaël Modrikamen, le sud du pays a besoin d’une opposition réelle. Et le PP, dit-on ici, est la seule alternative crédible aux quatre partis. Aujourd’hui, tous les partis, PS, MR, CDH et Ecolo, sont au pouvoir quelque part. Le jeu démocratique est faussé. Il est donc grand temps, insiste l’avocat d’affaires, qu’une nouvelle formation politique entre dans l’arène. "Le PP, explique-t-il, n’est pas un mouvement de mécontents, mais un mouvement "bottom up", né de la volonté de changement de plus en plus criante de citoyens." Et que veut ce PP ? Ses responsables partent d’un constat, qu’ils jugent accablant :

- la Belgique n’est plus gérable ni gouvernable ;

- l’Etat ne remplit plus ses missions fondamentales, au premier rang desquelles la sécurité et la justice ;

- la politique économique du pays est un échec ;

- la crédibilité du pays est mise à mal : sur son blog, le "Financial Times" estimait que la Belgique allait suivre la Grèce dans ses déboires.

Le PP sent donc que son heure est venue et espère conquérir ses premiers élus le 13 juin prochain, même si le parti tablait plutôt sur des élections en juin 2011. Le parti a défini un triple objectif : instaurer une Belgique gérable, restaurer la sécurité et la justice et remettre la Belgique au travail.

Sur le plan institutionnel, le co-président du parti, Rudy Aernoudt, regrette amèrement le jeu du FDF, de la N-VA et du Vlaams Belang, qui veulent casser la Belgique. Un pays, dit-il, qui a un potentiel énorme : "La solution n’est pas la guerre mais la bonne entente. Cela ne signifie pas que nous soyons pour la Belgique de papa. Nous sommes simplement pour un Etat fédéral fort. Il faut quitter la dynamique de la scission pour favoriser une dynamique d’entente et de cohésion." Et cela suppose, à ses yeux, la mise en œuvre de quelques principes essentiels. La structure de l’Etat doit reposer sur les trois Régions : "On arrête les Communautés. Les compétences de culture et d’enseignement, bilingue à Bruxelles, et pourquoi pas un jour bilingue dans tout le pays, doivent être transférées aux Régions."

Le PP est aussi partisan de la circonscription électorale fédérale, qui permettrait aux francophones de voter pour des candidats flamands. Et vice versa. Le PP veut aussi rendre du pouvoir au vote de l’électeur, en instaurant un système électoral à deux tours. "Aujourd’hui, explique Rudy Aernoudt, il n’y a plus d’opposition. Une démocratie ne peut fonctionner sans opposition."

Autre point fort de la campagne du PP : la sécurité. "Il faut, ins iste Mischaël Modrikamen, rétablir la sécurité dans les rues, c’est un des droits les plus fondamentaux de la démocratie. Il faut remettre dans les rues les policiers, trop confinés dans des tâches administratives. Nous devons reprendre le contrôle de la situation, au besoin en demandant le renfort des militaires. Il faut aussi faire disparaître le sentiment d’impunité, notamment par la comparution immédiate."

Enfin, le PP entend remettre la Belgique au travail, car, aujourd’hui, martèle Rudy Aernoudt, le pays est malade, la dette n’a cessé d’augmenter, la fonction publique est trop importante et nous ne pourrons pas faire face au vieillissement de la population. Sa recette : stimuler le goût du travail et d’entreprendre.

Pour relever ce défi, le PP espère déposer des listes complètes dans toutes les circonscriptions. Modrikamen conduira la liste à Bruxelles, Rudy Aernoudt au Sénat. Me Chamsay-Wimotte emmènera les troupes du PP à Liège. Joël Rubinfeld (ancien président du comité de coordination des organisations Juives de Belgique) sera présent sur la liste à Bruxelles. Olivier Baum (comité de vigilance citoyenne) poussera la liste du Sénat.