Politique belge

Bart De Wever entouré de ses sbires marchant sur la maison communale d’Anvers pour marquer sa domination. Sa façon à lui de fêter "la plus grande victoire électorale depuis la Seconde Guerre mondiale". Ce fut, à coup sûr, l’image la plus marquante de la soirée électorale de dimanche 14. Une image qui a éclipsé toutes les autres. Qui a aussi un peu déformé tous les enseignements qui pouvaient être tirés des scrutins communaux et provinciaux en Flandre. Car cette marche - symboliquement désastreuse - a pu faire croire que la victoire de la N-VA s’apparentait à un véritable triomphe, justifiant ainsi les appels grandiloquents à négocier au plus vite le confédéralisme. Or l’analyse des chiffres, avec du recul et à tête reposée, impose des nuances. Où il apparaît que la victoire de la N-VA n’est ni éclatante ni sans partage.

Ce que la N-VA a réussi, c’est son implantation locale. Comme diluée dans son alliance avec le CD&V en 2006, elle a envoyé, six ans plus tard, des élus dans pratiquement tous les conseils communaux sous son propre label. Et dans une cinquantaine de communes, c’est même en tête qu’elle est arrivée.

Mais peut-on parler de triomphe ? Il aurait quand même été fort étonnant que l’extraordinaire progression de la N-VA depuis la fin du cartel avec le CD&V en septembre 2008 ne se traduise pas dans les urnes au niveau local. La formation flamingante est devenue en juin 2010 le premier parti de Flandre. Et pas d’un peu : créditée de 27,8 % des voix, elle laissait loin derrière elle son dauphin, le CD&V, qui ne récoltait que 17,3 % des votes.

La supériorité de la N-VA sur son ancien allié telle qu’elle est apparue en 2010 ne s’est cependant pas concrétisée dans les communes. Dimanche 13 octobre, le CD&V a décroché 2 136 conseillers communaux alors que la N-VA limitait sa récolte à 1 634 élus. La domination des sociaux-chrétiens devient insolente quand on compare le nombre de bourgmestres : au dernier comptage, le CD&V en totalisait déjà 130, la N-VA devant se contenter de 41 bourgmestres. Avec 49 maïeurs décrochés, l’Open VLD fait même davantage que les nationalistes. Et on pourrait ajouter à ce tableau en demi-teinte pour la N-VA que Bart De Wever et les siens n’ont obtenu que deux maïorats dans les neuf plus grandes villes de Flandre.

Les résultats de la N-VA au scrutin provincial sont nettement plus spectaculaires. Les nationalistes flamands sont arrivés en tête. Largement : ils ont empoché 28,6 % des voix. Le CD&V arrive bien derrière, avec 21,5 % des suffrages. Or les élections provinciales sont celles qui ressemblent le plus à des élections de plus haut niveau. Les circonscriptions électorales sont les mêmes que pour les scrutins fédéral et régional. Et puis, les partis s’y présentent sous leur sigle propre - sauf SP.A et Groen unis en cartel dans la province du Limbourg. Que la N-VA y soit arrivée en tête ne laisse plus planer le doute : elle est bien devenue le premier parti flamand. C’est sans doute ce qui a autorisé Bart De Wever à fanfaronner.

Pourtant, là non plus, sa victoire n’est pas éclatante. Ses 28,6 % ne sont pas très éloignés des 27,8 % qu’elle avait empochés, à scrutin comparable, en juin 2010 pour la Chambre. Sa progression s’est donc limitée à 0,8 % en deux ans. Et pourtant, les circonstances lui étaient plutôt favorables. La Lijst Dedecker avait fait le choix de ne pas se présenter au scrutin provincial - officiellement parce qu’elle plaide pour la disparition des provinces. En 2010, la LDD avait obtenu 3,7 % des suffrages. Des suffrages promis a priori à la N-VA. Et puis, le Vlaams Belang a perdu plus du tiers de son électorat. En 2010, le parti d’extrême droite faisait 12,3 %. Aux provinciales de dimanche, il est tombé à 8,9 %. Une baisse de 3,4 %. Pourtant, la N-VA profite assez peu du recul des deux autres formations autonomistes. Le vote séparatiste recule d’ailleurs dans l’ensemble. N-VA, Liste Dedecker et Vlaams Belang totalisaient 43,8 % des voix en juin 2010. Ensemble, ils ont dû se contenter de 37,5 % des suffrages dimanche dernier.

Les voix perdues par l’extrême droite ont surtout profité à la majorité de circonstance qui a négocié la réforme de l’Etat, et au premier chef le CD&V qui décrochait 17,3 % en 2010 et 21,5 % il y a une semaine. Même le VLD, en passant de 13,6 % à 14,6 % des suffrages, a progressé davantage que la N-VA.