Politique belge

Avec l’arrivée de nouvelles compétences vers la Région wallonne, conséquence de la sixième réforme de l’Etat, ils sont nombreux, au sein du Parlement wallon, à s’interroger sur l’opportunité de poursuivre les travaux parlementaires organisés entre Namur (Parlement wallon) et Bruxelles (Fédération Wallonie-Bruxelles) une semaine sur deux. Pour la prochaine législature, certains souhaiteraient révolutionner les choses. Plusieurs hypothèses sont évoquées : trois semaines par mois à Namur et une semaine à Bruxelles ou encore des semaines parlementaires plus longues (elles s’arrêtent en général le mercredi après la séance plénière). "Quand je vois que l’actualité est beaucoup plus brûlante à Namur qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles et à la lumière de l’activité réelle des deux Parlements, ce n’est certainement pas une mauvaise idée. Cette évolution ne me poserait pas de difficultés", explique un député qui préfère rester anonyme.

Pour l’heure rien d’officiel n’a encore été mis en place. Ceux qui y réfléchissent le font de manière totalement officieuse en sachant que le sujet est susceptible d’enclencher une polémique. "A partir du moment où on ne tue pas la Fédération Wallonie-Bruxelles comme certains le souhaitent, je suis prêt à discuter de cette question. Mais je crois qu’il est d’abord nécessaire d’absorber les nouvelles compétences et d’ensuite réorganiser les choses", précise Manu Disabato, chef de groupe Ecolo au Parlement wallon.

Il préfère d’ailleurs la solution de l’allongement des semaines parlementaires : "On travaille jusqu’au mercredi et certains jours on a quatre ou cinq commissions en même temps. On passe notre temps à courir d’une commission à l’autre. Ce ne serait pas une folie de travailler un jour voir un jour et demi en plus", précise Manu Disabato, bien conscient que chez Ecolo, le cumul de mandats étant interdit, aucun parlementaire vert n’a de charge maïorale ou scabinale à assumer sur le terrain communal.


Travailler aussi le jeudi

Du côté du PS, on reste prudent. Isabelle Simonis ne voit pas forcément d’urgence mais affirme être consciente d’adaptations nécessaires : "Il est important de maintenir un lien entre la Wallonie et Bruxelles et de maintenir le Parlement de la Fédération. On peut par contre imaginer un bureau commun pour les deux parlements, mais venir dire que l’on fera une semaine à Bruxelles et trois semaines à Namur, cela me paraît un peu prématuré."

Un autre parlementaire anonyme va même plus loin : "On pourrait aussi envisager un seul greffier pour les deux Parlements. Il sera sans doute nécessaire de répartir le travail en déplaçant des commissions le jeudi. N’oublions que c’est à la Fédération que se traitent toutes les questions d’enseignement."

Une autre source considère qu’il y a désormais une sorte de fatalisme : "Au moment de l’affaire Wesphael, on pensait faire une commission commune mais pour des raisons juridiques que l’on peut comprendre certains sont restés un peu frileux."

Un autre problème pointé par ce dernier interlocuteur serait l’absence répétée du Président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Charles Luperto lors des séances plénières : "C’est le moins que l’on puisse dire, il est très souvent à l’étranger ce qui se ressent dans sa capacité à intervenir dans le débat. Pourtant il n’est pas du tout ouvert sur la question de la réorganisation."

Des affirmations qui font bondir le principal intéressé : "Si je reprends les chiffres de présence au Parlement, j’ai présidé 74 séances sur 92 en cinq ans, soit 82 % de présence. Quand je n’y suis pas, c’est pour cause de maladie ou de mission à l’étranger."

Ceci dit, Jean-Charles Luperto précise qu’il peut parler de tout : "Si on ajoute des compétences à la Région, on n’en enlève pas à la Fédération. Maintenant si on se base sur le nombre de votes en plénière, on peut peut-être considérer que certains ministres, au nom d’une stratégie régionaliste, sous-alimentent à dessein le travail du Parlement de la Fédération. Je n’ai pas de tabou, je peux parler de tout mais cela devra faire l’objet d’un prochain accord de gouvernement. J’ai beaucoup d’humilité, vous savez, mais même si je chante Ramona, tout le monde s’en fout. Maintenant, gare à ne pas éliminer le Parlement de la Fédération qui reste le seul lieu de rencontre des francophones." Stéphane Tassin