Politique belge

La deuxième rencontre de la journée entre PS et PTB en vue de la formation du prochain gouvernement wallon a tourné au dialogue de sourds, le PTB n'en finissant plus de dénoncer "le round de communication" mené par le PS qui, lui, fustige une extrême gauche "refusant de prendre ses responsabilités". "Nous voulons une rupture franche avec le passé. C'est mal parti", a résumé le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, à la sortie de la réunion, peu après 19h30. "La discussion a tourné sur des thèmes très généraux, sans réelle remise en cause de la part du PS", a-t-il ajouté. Le porte-parole du PTB s'est également exprimé auprès de la RTBF, de manière plus virulente encore: "Cela ne sert plus à rien de revoir le PS", actant l'échec des discussions entre les deux partis à gauche de l'échiquier politique belge.

"Nous allons discuter en interne mais je crois qu'il ne faudra pas trop compter sur le PTB pour faire l'appoint" d'une majorité, a encore estimé Raoul Hedebouw.

Les deux partis devraient néanmoins se revoir dès jeudi. "Nous avons proposé de les revoir ce jeudi à Namur. Nous maintenons notre invitation" malgré l'attitude du PTB qui a mis fin abruptement à la rencontre, "à l'heure des JT", alors que les socialistes souhaitaient la poursuivre, a de son côté assuré le président du PS, Elio Di Rupo.

"Ce mardi, nous avons tenté de parler d'avenir alors que le PTB revient sans cesse sur le passé, dont on peut évidemment faire des dizaines d'analyses. Nous avons discuté et nous avons des points de rupture - notamment sur l'Europe, ndlr - mais nous sommes là pour trouver des solutions", à condition que "le PTB soit prêt à assumer ses responsabilités", a-t-il ajouté.

"Nous voulons une politique de gauche"

"Nous respectons les électeurs du PTB et nous voulons une politique progressiste qui réponde au souhait des citoyens", a encore affirmé Elio Di Rupo. "Nous voulons une politique de gauche", a renchéri Paul Magnette qui, dans sa ville de Charleroi, a déjà été amené à discuter, sans succès, avec le parti de Peter Mertens, après les élections communales d'octobre dernier.

La porte reste ouverte, ont enfin répété les deux hommes forts du PS et "ce n'est pas parce que c'est compliqué qu'il faut renoncer" même si l'union de la gauche - que la FGTB, entre autres, appelle de ses voeux - semble de plus en plus improbable, poussant de facto le PS dans les bras du MR, en tripartite éventuellement avec Ecolo.

Un mariage avec les libéraux? Non.

Ce mariage avec les libéraux, qu'il aurait bien du mal à justifier auprès de ses militants, le PS n'en veut pas. Au point d'envisager sérieusement la constitution d'un gouvernement minoritaire PS-Ecolo, avec l'appui extérieur du PTB selon les dossiers. "Cette formule existe dans neuf pays européens sur 28 - dont l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, la Croatie, la Suède ou encore le Danemark, ndlr. Pourquoi pas ici? C'est une piste tout à fait sérieuse qui redonne du pouvoir au parlement", avait ainsi expliqué Paul Magnette, mardi matin, à son arrivée au Parlement de Wallonie pour la première rencontre du jour avec le PTB.

Mais pour être installé, ce gouvernement minoritaire devrait réunir la majorité absolue des membres du parlement régional, soit le nombre fixe de 38 voix, quel que soit le nombre de députés présents, avait d'emblée pointé sur Twitter Mathias El Berhoumi, professeur de droit constitutionnel à l'Université Saint-Louis. A eux deux, PS et Ecolo ne pèsent que 35 sièges.

Passer ce premier écueil, le gouvernement pourrait faire appel à un partenaire extérieur - le PTB, donc - pour faire voter ses décrets, des textes qui n'exigent, eux, que la majorité des suffrages exprimés. En d'autres mots, pour faire passer un décret, le gouvernement pourrait se contenter d'obtenir davantage de votes positifs que de votes négatifs, ouvrant la voie à des majorités alternatives.

Les dernières semaines de la législature précédente, alors que le transfert de Patricia Potigny du MR aux listes Destexhe avait fait voler en éclat la majorité MR-cdH, ont toutefois montré à quel point il peut être compliqué, pour les partis, de trouver un terrain d'entente permettant d'avancer sur les dossiers importants.