Politique belge

Rachid Madrane est actuellement vice-président de la fédération bruxelloise du PS, député fédéral et échevin à Etterbeek. Il va bientôt succéder à Emir Kir au sein du gouvernement bruxellois. Il est l'invité du samedi de LaLibre.be.

La Chambre a adopté, ce jeudi, la modification du Code de la nationalité belge. Vous vous êtes abstenu. Vous pensez donc que les conditions deviennent trop strictes?

Soyons clairs, le groupe socialiste a voté ce texte qui est le résultat de très longues discussions qui ont duré plus de 600 jours. Je suis donc content qu'on ait pu aboutir, d'autant qu'on clarifie et réduit les procédures. Mais, symboliquement, je me suis abstenu parce que, dans ce texte, le nombre de 468 jours de travail requis dans les 5 années qui précèdent la demande de nationalité reste dur pour les femmes et les jeunes qui travaillent à mi-temps. On le voit avec Ford Genk, Duferco, Arcelor, les réalités du monde du travail aujourd'hui, dans notre pays, c'est de plus de plus de mi-temps, du travail précaire,... Or, le texte tel qu'il a été voté risque de pénaliser les travailleurs qui n'obtiennent pas de temps plein.

De son côté, la N-VA a regretté que certaines conditions ne soient pas plus strictes. Cela vous surprend?

Non. Ce texte est un compromis. Aucun parti n'obtient toujours ce qu'il veut. Nous avons réalisé un magnifique travail parlementaire, notamment durant les affaires courantes. Ce n'est pas les partis qui contestent le plus qui ont été les plus actifs pendant les 600 jours. Il y a eu de longs silences assourdissants de la part de certains.

Que répondez-vous à Theo Francken qui souhaite augmenter les possibilités de retirer la nationalité?

La déchéance de nationalité existe déjà dans la loi. Mais, selon moi, c'est une prérogative du pouvoir judiciaire, et non du politique. Les gens qui crient "België barst" ("Belgique crève") sont-ils les mieux placés pour nous expliquer s'il faut garder la nationalité? C'est paradoxal. Ceux qui veulent la fin du pays nous parlent aujourd'hui de déchéance de nationalité. Il faut aussi y voir une manœuvre politique.

La future bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans, estime que des discours tenus par certains membres du MR, comme Corinne de Permentier ou Denis Ducarme, nuisent fortement à l'image du parti libéral. Rejoignez-vous ses propos?

En effet, au MR, il y a des personnes qui ont des discours de droite très dure. Ils ont une vision négative de l'immigration et donc ils stigmatisent et se réfugient derrière des arguments sécuritaires. Une grosse partie du MR a un problème avec l'immigration, avec l'intégration. Pourtant, on nous montre toujours la petite catégorie qui pose problème. Mais vous savez, si on ne nous rappelle pas qu'on n'est pas belge ou qu'on est d'origine étrangère, on ne le sait pas. Tout simplement parce qu'on est belge. On se sent profondément attaché à ce pays où on est né, à ses valeurs.

Les musulmans sont-ils stigmatisés à Bruxelles?

L'immigration, c'est un chiffon rouge qu'on agite frénétiquement à l'approche de chaque échéance électorale. Évidemment, c'est un fonds de commerce pour certains. C'est tellement facile de dire que tous les problèmes sont de la faute des immigrés. Mais ces mêmes personnes ne vont évidemment pas vous expliquer que le problème réside dans le capitalisme sauvage. Plus vous créez un sentiment d'insécurité dans la population plus les réponses que le politique doit apporter sont sécuritaires. Et comme ils n'ont que des réponses sécuritaires à apporter, forcément ils entretiennent l'insécurité et un sentiment anxiogène. Mais la vérité, ce n'est pas cela.

Françoise Schepmans estime aussi que ces discours sur l'immigration sont exploités par des partis comme le PS...

Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire par "exploités par le PS". Mais il n'est pas anormal que des gens se défendent et réagissent quand ils sont attaqués.

Lors des élections communales, le PS a essuyé de grosses pertes, parmi lesquelles le maïorat de Molenbeek ou la majorité à Uccle. Comment l'expliquez-vous ?

J'ai une toute autre lecture que la vôtre. J'ai analysé les chiffres. Sur 271 communes en Wallonie et à Bruxelles, où le Parti socialiste présentait des candidats, le PS est le premier parti dans 117 communes. A Bruxelles, le PS reste la première formation. C'est le parti qui enregistre le plus de progression. Nous avons 7 bourgmestres et participons à 9 majorités. On ne peut donc pas parler de défaite. C'est plutôt une grande victoire au vu de nos maïorats renforcés et de nos progressions dans des communes qui ne sont pas sociologiquement "rouges".

Néanmoins, Thierry Giet s'est-il suffisamment fait entendre lors des tractations et la formation des majorités?

Il a parfaitement joué son rôle de président. A Bruxelles, nous avons une fédération autonome et la personne clé est Rudy Vervoort, qui a aussi parfaitement joué son rôle. Au PS, nous avons respecté nos engagements dans toutes les communes. Mais je constate qu'à certains endroits, des gens ont mangé leur parole. Aujourd'hui, je n'ai ni rancœur ni amertume.

Le mandat de Thierry Giet court jusqu'en 2015. Mais pour les élections de 2014, faudra-t-il un président plus charismatique, plus visible?

Nous sommes tous derrière notre président Thierry Giet et derrière notre Premier ministre. Nous avons été l'un des partis qui a pris ses responsabilités et qui a sauvé ce pays. Donc venir aujourd'hui polluer la situation par des petites discussions, par les avis de chacun, ça ne m'intéresse pas. On verra après 2014.

Vous allez bientôt remplacer Emir Kir comme secrétaire d'Etat à la Propreté, au Patrimoine et à l'Urbanisme au sein du gouvernement bruxellois. Attendez-vous avec impatience de débuter vos nouvelles fonctions?

Oui. J'ai siégé au Parlement régional plus de cinq ans. C'est un retour aux sources. Des défis majeurs m'attendent. Je suis impatient de m'atteler à ma tâche. Je serai là pour apporter un dynamisme, une énergie nouvelle. Mes parents m'ont élevé en insistant sur cette valeur qu'est le travail. Je sais ce que ce pays m'a donné, ce que cette région m'a donné et je sais ce que j'ai à leur rendre.

Comment préparez-vous le terrain?

Je rentre dans les dossiers comme un étudiant universitaire qui est dans ses syllabus. J'étudie, je travaille, je rencontre. Des semaines studieuses m'attendent. Je suis conscient de la responsabilité.