Politique belge

La Chambre a procédé ce mercredi après-midi à un "échange de vues sur les conséquences de la modification de la composition du gouvernement", au cours duquel le Premier ministre devait répondre aux questions des députés. Et ce, jusqu'au dépôt d'une motion. Récit des débats.

La Chambre a approuvé ce mercredi en séance plénière une motion d'ordre du chef de groupe PS Ahmed Laaouej, cosignée par le sp.a, les écologistes, le cdH et DéFI proposant au gouvernement orange-bleu de présenter son nouveau programme et chercher la confiance du parlement au plus tard mardi. La N-VA a soutenu la demande. "L'heure des responsabilités est aujourd'hui arrivée", a lancé M. Laaouej. 

Jusqu'à présent, le Premier ministre Charles Michel, dont le gouvernement dans sa forme actuelle a perdu sa majorité, a laissé entendre que cette demande de la confiance au parlement était une "possibilité". 

Mardi, des interpellations au Premier ministre sont prévues. Pour une majorité au parlement, il ne fait pas de doute que le gouvernement Michel II, qui ne réunit plus que le MR, le CD&V et l'Open Vld, est bien un nouveau gouvernement, qu'il doit présenter une nouvelle déclaration et donc requérir la confiance. 

Ce vote est un nouveau rebondissement dans la saga qui a débuté avec l'adoption du Pacte des Nations-Unies sur la migration. La N-VA a quitté le gouvernement car elle ne pouvait soutenir l'approbation par la Belgique de ce texte. Depuis lors, le gouvernement est minoritaire. Pour autant, la coalition orange bleu estime qu'il s'agit de la continuation du gouvernement constitué en 2014 et non d'un nouvel exécutif. Depuis quelques jours, entre l'orange-bleu et les autres partis le débat fait rage à coup de lectures de la Constitution. 

'Un tabouret n'est pas une chaise"

Les socialistes, les écologistes, le cdH, DéFI, le PTB ainsi que la N-VA estimaient que cette nouvelle équipe devait présenter son programme et requérir la confiance. L'orange-bleu répondait que l'opposition n'avait qu'à déposer une motion de méfiance. "Avant le gouvernement était assis sur une chaise dont les quatre pieds étaient les quatre partis de la coalition. Aujourd'hui, il est assis sur un tabouret à trois pieds. Il faut être aveugle pour ne pas voir qu'un tabouret ce n'est pas une chaise", a lancé Francis Delperée (cdH). 

L'opposition de gauche et du centre a une nouvelle fois exhorté le gouvernement à faire un choix entre la recherche du soutien de la N-VA, qui lui permettrait d'approuver le budget 2019, et un soutien au cas par cas pour d'autres projets, en fonction de leur contenu. "Vous devez choisir et oser regarder le parlement dans les yeux", a réclamé Kristof Calvo (Ecolo-Groen). 

"Cette motion vous donne une chance de revenir demain avec la capacité d'agir", a affirmé Olivier Maingain (DéFI). 

Le CD&V s'insurge

L'orange-bleu a quant à lui dénoncé une manoeuvre contraire aux accords pris entre groupes politiques, alors que le Premier ministre consulte lesdits groupes. "Ou bien, l'on respecte les engagements, ou bien l'on sabote", s'est insurgé Servais Verherstraeten (CD&V). M. Michel a indiqué qu'il poursuivrait ses contacts pour examiner si "de part et d'autre il est possible de faire preuve du courage nécessaire".


Récit des débats de cet après-midi

La séance plénière a débuté avec une minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat à Strasbourg.

Peter De Roover, le chef de groupe de la N-VA à la Chambre a pris la parole et a, comme son président de parti, Bart de Wever, fait référence à une "coalition Marrakech". Il a accusé cette nouvelle coalition de ne pas avoir le courage de se présenter devant le Parlement, de peur de ne pas être soutenue puisqu'elle "ne représente qu'un tiers du parlement".

"Vous devez présenter votre nouveau gouvernement et les nouveaux axes prévus, votre projet est flou pour les parlementaires, ce n'est pas acceptable", a ajouté De Roover.


Ahmed Laaouej, le chef de groupe PS à la Chambre, accuse, pour sa part, le nouveau gouvernement d'essayer de gagner du temps.

"On ne fait pas un gouvernement pour faire un gouvernement, on fait un gouvernement pour défendre un projet politique mais la vérité c'est que vous n'avez aucun projet alternatif à votre gouvernement Michel I. Le parlement c'est uniquement lorsque ça vous arrange, pour vous défaire des griffes de la N-VA alors que vous négociez toujours avec elle."



"Nous préférons un gouvernement en affaires courantes jusqu'aux prochaines élections plutôt que votre politique de droite et la régression sociale de votre gouvernement", a-t-il conclu.

C'est ensuite au tour de David Clarinval (MR) de prendre la parole. Il rappelle la crise institutionnelle de 541 jours qu'a vécu la Belgique, une crise qui "ne se répétera pas car nous prendrons nos responsabilités."

Servais Verherstaete, (Cd&V) rappelle que cette situation peut être une opportunité pour la Chambre, "le parlement peut davantage peser dans le processus décisionnel, c'est une opportunité unique". Il espère également que la N-VA respectera les engagements pris cet été.

Patrick Dewael (Open Vld), lui, rassure le Premier ministre et répond indirectement à Peter de Roover : "Oui, vous êtes du bon côté de l'histoire". Ensuite, il interroge les parlementaires : "On peut déposer autant de motions que l'on veut, nous n'avons pas la majorité au parlement mais la question qui se pose est : faut-il que le gouvernement dépose sa démission ou y-a-t-il une possibilité de travailler avec le parlement ?"

"Je n'ai entendu aucun groupe plaider pour des élections anticipées mais si c'est ce que vous voulez, vous en répondrez aux citoyens et aux entreprises", s'est exclamé Patrick Dewael.

Meryame Kitir (Sp.a) souhaite remettre les pendules à l'heure : "Non, l'opposition n'est pas responsable du chaos politique mais que les choses soient claires, nous ne soutiendrons pas un gouvernement qui veut continuer le projet politique de Michel 1."

Kristof Calvo (Ecolo Groen) commence, de son coté, son allocution en remerciant Charles Michel pour son discours et son vote à Marrakech : "En tant que progressiste, j'étais fier d'être Belge." Au passage, il tacle la ministre de l'Environnement, Marie-Christine Marghem. "Malgré le jeu de passe passe des compétences ministérielles, nous conservons la même ministre de l'Environnement."

Il prévient la nouvelle coalition : "Il faudra opérer des choix, nous sommes prêts à dialoguer mais il n'y a aucune chance pour que l'on approuve votre budget si rien ne change"

Georges Gilkinet remercie également le Premier pour son vote du Pacte de l'ONU mais revient sur "le très mauvais bilan socio-économique du gouvernement". Ecolo se demande sous quel statut ce nouveau gouvernement va continuer, "Êtes-vous en affaire courante ? Ce n'est pas le gouvernement Michel 2, ce n'est pas le gouvernement Michel 1.2, qu'est-ce que c'est alors ? Le gouvernement Michel 0.5 ?"

Catherine Fonck (cdH) s'est elle aussi réjouie que "Charles Michel ait choisi le camp des Démocrates." Elle se demande cependant si le retrait de la N-VA n'est pas une stratégie pour affaiblir nos institutions et pouvoir se positionner au mieux pendant la campagne électorale qui arrive.

Filip Dewinter (président du part extrémiste Vlaams Belang) appelle, lui, la N-VA à "faire tomber le gouvernement Marrakech" et insiste : "pour moi ce n'est pas la chute du gouvernement qui importe mais la chute du pacte de Marrakech !"

Olivier Maingain (DéFI), rappelle que c'est "le parlement qui a sauvé l'honneur de la Belgique et a permis au Premier ministre de s'exprimer à la tribune des Nations-Unies." Il questionne Charles Michel et lui demande s'il compte rester du bon côté de l'histoire. "Soit vous continuez à enfoncer les institutions de ce pays soit vous revenez au fonctionnement traditionnel de nos institutions et vous permettez aux citoyens de savoir quelles sont les coalitions en place."

Pour Raoul Hedebouw (PTB), "la comédie a assez duré", il interpelle le Premier ministre : "si vous êtes un démocrate vous demanderez le vote de confiance au Parlement" et ajoute que "le véritable vote de méfiance se fera vendredi dans la rue."

Le Premier ministre, Charles Michel, s'est exprimé lui aussi à la tribune. Avant de remercier, à nouveau la N-VA, il a expliqué vouloir poursuivre le travail à la tête d'un gouvernement "prudent et responsable" qui coopérera avec le parlement. "Un gouvernement prudent et responsable qui coopère avec un parlement actif et engagé peut faire en sorte que les intérêts de nos concitoyens soient défendus", a-t-il déclaré.