Politique belge

En retrait depuis trois ans, celui qui fut, entre autres, président du PS, ministre ou commissaire européen continue de suivre avec attention la vie politique, tant en Belgique qu'au niveau européen. Avec le recul, il regrette d'ailleurs la manière dont l'UE s'est élargie aux pays de l'Est. "Il y avait cette pulsion sentimentale, romantique de recréer une grande Europe", affirme-t-il. Comment le PS doit-il évoluer ? Est-ce une erreur d'avoir remis Di Rupo à la tête du parti ? Un gouvernement associant PS et N-VA est-il envisageable ? Croit-il encore en l'idéal européen ?

Philippe Busquin est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Le PS a essuyé les critiques pour son style d'opposition très agressif, à l'image de Laurette Onkelinx. Cela a été une erreur de stratégie ?

C'était assez compréhensible au moment même vu les provocations de ces deux ministres N-VA (NdlR : Theo Francken et Jan Jambon) à travers des actes rappelant la Collaboration. Dans la forme, l'indignation de Laurette a peut-être été un peu excessive. Sur le fond, elle avait raison. Depuis lors, nous sommes beaucoup plus attentifs à l'image.

Le PS a-t-il trouvé le bon rythme d'opposition ?

Il le cherche encore mais c'est beaucoup mieux. Il faut faire de l'opposition sur base de dossiers. Ce qu'on fait autour de la fiscalité et du budget, avec Ahmed Laaouej, c'est solide. Mais Elio Di Rupo a le problème d'avoir changé d'habits : de Premier ministre à président d'un parti d'opposition. Quand le PS critique des mesures sociales, on lui renvoie régulièrement des décisions du gouvernement dit "Di Rupo". C'est assez facile de la part de la majorité actuelle de parler de mesures du gouvernement "Di Rupo" alors qu'Elio devait chercher des compromis. Il faudra un certain temps mais cela va passer.

Vu qu'il affaiblit l'opposition du PS, le casting n'a-t-il pas été malhabile ?

(...)

Avant les élections, le PS voyait que la N-VA s'envolait dans les sondages. Or, il disait "jamais avec la N-VA". N'est-ce pas le début de la fracture ?

Je vous rappelle que le MR disait la même chose... Les partis francophones ont fait une erreur : ils auraient dû faire front en formant une tripartite. J'ai moi-même constitué trois gouvernements et je peux vous dire qu'il y a toujours des contacts préalables aux élections. Cela ne débouche pas forcément sur des accords mais au moins on sait ce qu'on compte faire après... Cette fois-ci, notamment à causes de problèmes de personnalités, il n'y a pas eu de contacts suffisants. Ma formule aurait été une tripartie francophone. La N-VA veut venir avec ? Eh bien qu'elle vienne ! Le CD&V aussi ? Qu'il vienne !

Un futur gouvernement associant PS et N-VA est donc envisageable...

(...)

Grèce, réfugiés, référendum en Grande-Bretagne... : l'Europe semble malade. En tant qu'ancien commissaire, croyez-vous encore en l'idéal européen ?

Il faut de l'Europe ! Il faut y croire ! Mais l'Europe d'aujourd'hui est assez inquiétante. La gouvernance à trois niveaux (Parlement, Commission, Conseil) est catastrophique. Elle peut marcher s'il y a de la cohérence mais l'écart est beaucoup trop grand entre les nouveaux pays de l'Est et les pays occidentaux. Le problème, c'est qu'on a fait des traités en mille-feuille, avec des mécanismes que certains ne doivent pas appliquer. On affronte donc les crises avec un réflexe égoïste et nationaliste dans un certain nombre de pays. Ce qui tient encore un peu l'édifice, ce sont les Européens convaincus comme Schulz et Juncker, mais aussi Merkel qui fait preuve d'un certain courage politique dans la crise actuelle.

...

Découvrez cet entretien dans son intégralité dans notre "Sélection Lalibre.be" (à partir de 4,83 euros).