Politique belge

Si le MR a tenu tête à la N-VA sur la question du pacte de l'Onu sur les migrations, ce que saluent les éditorialistes francophones, les prochains mois s'annoncent difficiles pour le nouveau gouvernement minoritaire alors que se profilent les élections de mai 2019, préviennent-ils. 

Pour eux, c'est certain, la campagne électorale est lancée et elle risque d'être nauséabonde. "Charles Michel s'est grandi ce week-end: il a choisi le bon côté du monde et des valeurs", estime Béatrice Delvaux dans Le Soir. "On dira qu'il était acculé à trancher par le jeu de la N-VA, par l'opposition et même par les partis flamands de sa propre majorité... On dira qu'il a tout fait pour éviter de faire la clarté dans une crise née de calculs électoralistes. Mais au moment où l'ambiguïté devenait ingérable et envoyait un message surréaliste, sa main n'a pas tremblé: il a garanti la parole de la Belgique et ses engagements fondamentaux", poursuit-elle, soulignant toutefois que "la suite reste inquiétante".

"La N-VA a fait de l'identitaire son cheval de bataille qu'elle va d'autant moins lâcher qu'il séduit les foules et que c'est le meilleur point de son bilan au gouvernement fédéral", déplore ainsi Béatrice Delvaux qui relève "l'extrême fragilité" du gouvernement orange bleu, "notamment sur le plan constitutionnel".

Dans ce contexte, "le Premier ministre aurait tout intérêt à renoncer aux tactiques de survie et à marquer de grands coups, notamment sur le climat. Ce serait le seul moyen de faire oublier le surréalisme politique des derniers jours, de redorer l'image d'un MR aveuglément scotché au parti nationaliste et de contrer l'autoroute identitaire que la N-VA a devant elle. Ce serait aussi une manière de montrer que la bravoure de ce week-end est plus qu'un sursaut tactique et isolé", ajoute l'éditorialiste du Soir. "Mais la nouvelle réalité consiste peut-être uniquement pour ce gouvernement à faire semblant d'encore exister", conclut-elle.

"L'avenir? Une épée de Damoclès sera suspendue au dessus du gouvernement" qui, à tout moment, "pourrait être sanctionné par un vote de défiance". "Ceux qui aiment le spectacle et les grands frissons vont être servis. Pour la N-VA, les crises sont du pain bénit. En revanche, ce tangage est néfaste, tant pour les citoyens que les entreprises. La Belgique a besoin de stabilité politique comme de pain. Elle va en manquer", conclut-il.

Dans L'Echo, Alain Narinx estime pour sa part que "ce n'est pas le pacte de l'ONU sur les migrations qui a provoqué le crash de la coalition suédoise en bout de piste. Ce sont les élections."

"A court terme, Charles Michel sort plutôt gagnant de cette séquence politique inédite. Il a affermi son statut d'homme d'Etat en soulignant que la Belgique respecte la parole donnée sur la scène internationale. Il a affûté son sens des responsabilités en cherchant un compromis jusqu'à la dernière minute, puis en poursuivant le gouvernement, fût-il minoritaire, pour finir le travail. Politiquement, il a joué finement", écrit-il, qualifiant par ailleurs d'"indigne" l'attitude de la N-VA. Le parti de Bart De Wever a en effet "mis en péril plusieurs chantiers socio-économiques qui devaient encore être concrétisés ou gérés: le jobsdeal, le dossier énergétique, le budget mobilité, le Brexit... Un soutien extérieur, à la carte, sur ces dossiers ne tempère que faiblement ce gâchis", poursuit Alain Narinx.

"La fin de la coalition suédoise porte aussi en elle les germes de lendemains difficiles après les prochaines élections. Un gouvernement "Michel II" devient plus difficile. La N-VA a abîmé ses relations avec le seul parti francophone prêt à gouverner avec elle. Si la N-VA reste incontournable en Flandre, la constitution d'une prochaine majorité ne s'annonce pas une sinécure", estime-t-il enfin.