Politique belge

La ministre de l'Education, Joêlle Milquet, a sorti mercredi l'artillerie lourde pour rejeter l'appel lancé mercredi par trois députés wallons PS à régionaliser l'enseignement, compétence aujourd'hui gérée par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour la ministre centriste, il s'agira là tout simplement d'un "suicide de l'unité francophone et un cadeau dangereux à la N-VA". "L'enseignement a besoin de tout sauf d'un xième débat stérile institutionnel", a réagi mercredi après-midi Mme Milquet dans un communiqué au picrate.

"Ce n'est pas son niveau de pouvoir qui est l'enjeu essentiel de l'enseignement mais sa qualité, son équité, son efficacité, sa modernité. Ce n'est pas en créant de manière absurde un enseignement différent entre Uccle et Waterloo que nos élèves s'en sortiront mieux! Ce n'est pas en organisant demain des équivalences de diplômes entre petits francophones qui déménagent que l'on va gagner le combat éducatif dont nous avons besoin", estime Mme Milquet.

Pour elle, supprimer l'espace francophone incarné par la Fédération Wallonie-Bruxelles reviendrait à refuser "l'appartenance collective à une identité francophone qui est compatible avec le fait régional, qui transcende les deux Régions et doit les fédérer au-delà de l'exercice légitime de leurs compétences".

La ministre se montre particulièrement cinglante envers la sortie régionaliste avec les trois élus socialistes, partenaires de sa majorité, accusés "d'affaiblir les francophones pourtant minoritaires et de leurs institutions face à l'homogénéité de l'unité flamande et ses futures revendications".

"Veut-on importer dans le monde francophone le séparatisme que nous avons ensemble combattu face à certaines revendications flamandes?", interroge-t-elle

"Suivre cette carte blanche c'est en arriver, après avoir combattu ensemble les volontés de la N-VA de transfert de compétences notamment de la sécurité sociale, transferts suicidaires pour les francophones, à demander nous-mêmes, francophones, l'ouverture en 2019 d'une réforme institutionnelle qui ne peut se traiter que par le fédéral et qui, bien évidemment, mettra à son menu bien plus que le transfert de compétences intra-francophones c'est-à-dire la liquidation progressive de l'Etat belge et de ses politiques de solidarité sociale. Bravo! Quelle cohérence! Quelle naïveté! Quel cadeau à Bart de Wever!", s'emporte Mme Milquet.

Et la ministre d'enfoncer encore le clou: "à l'heure de l'universalisme, de la construction européenne, de la volonté du maintien d'espaces nationaux cohérents, on serait incapable entre quatre millions de francophones belges, soit à peine le nombre des habitants d'un petit quartier d'une grande métropole de Chine ou du Brésil, de partager les compétences aussi essentielles que sont la culture et l'enseignement, les plus fondatrices d'une citoyenneté et appartenance? (...) Les Québécois ont l'intelligence de ne pas séparer (la ville de Québec et Montréal me semble-t-il!", fulmine encore Mme Milquet qui appelle, en conclusion, les trois élus PS à "en revenir aux choses sérieuses"...


"Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain"

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s'est lui aussi prononcé contre toute régionalisation de l'enseignement ou de la culture. "Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain", a réagi M. Demotte interrogé en marge de la séance plénière du Parlement de la Fédération, ce mercredi.

Pour M. Demotte, dans le contexte communautaire qui est celui de la Belgique, il n'est pas judicieux pour les francophones de Bruxelles et de Wallonie d'apparaître ainsi divisés face aux Flamands. Selon le ministre-président, au-delà des questions de symboles, c'est l'aspect pragmatique et d'efficacité des services à la population qui doit prévaloir.

M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d'une adaptation de l'action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, "mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération". Selon lui, "il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie".


Sortie régionaliste

Dans cette carte blanche, les députés socialistes Christophe Collignon, Pierre-Yves Dermagne et Nicolas Martin réclament la régionalisation de l'enseignement et de la culture, deux compétences phares de la Fédération.

Pour les signataires, ce transfert est nécessaire pour renforcer l'identité wallonne et créer un lien plus étroit entre politique économique, éducative et culturelle afin de parfaire le redressement de la Wallonie.

Cette sortie régionaliste de ces députés socialistes survient le jour même où la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, était invitée à s'exprimer devant le Parlement de la Fédération.

Il y a un mois, Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke, respectivement chef de groupe et député wallon MR, avaient eux aussi appelé à une intégration des compétences de la Fédération par les Régions.

Réagissant mercredi en plénière à cette sortie de ces trois députés PS, le cdH François Desquesnes, proche du président de ce parti, Benoît Lutgen, a exprimé son opposition à toute régionalisation des compétences de la Fédération.