Politique belge

Sabine Laruelle (MR) a annoncé hier qu’elle mettrait fin à sa carrière politique en 2014. La ministre fédérale en charge de l’Agriculture, des PME et des Indépendants, ne participera même pas aux prochaines élections. Cette nouvelle a pris tout le monde de court, y compris au sein de son cabinet. Pourtant, elle a mûri cette décision depuis des mois. Sabine Laruelle s’explique : elle craint de ne plus être suffisamment motivée, de ne plus voir la politique que comme un job purement "alimentaire".

P ourquoi annoncer maintenant votre départ? Il y a eu un événement spécial? Un coup dur politique de trop?  

Non, rien de spécial. Pourquoi annoncer cela maintenant ? Car les listes électorales sont en train d’être composées et qu’il faut rester correcte par rapport au parti. Cette décision vient d’un long cheminement, ça fait des mois que je pèse le pour et le contre. J’ai toujours dit que la politique pour moi n’était pas une fin en soi. Je ne veux pas faire la législature de trop, j’ai envie de nouveaux défis.  

Pourquoi serait-ce pour vous "la législature de trop"?  

Je veux partir avant de devenir aigrie, stratège, alimentaire… Ma motivation s’érode. Je vais avoir 50 ans il faut savoir se remettre en question, c’est le bon moment de me demander ce que je veux faire des quinze prochaines années. Et la réponse est : faire autre chose que de la politique, je veux me mettre en danger.  

Pour faire quoi? Vous avez sûrement une idée quand même…  

Je n’ai rien de prévu pour après. Peut-être travailler dans une organisation internationale, dans une ONG… Ou alors reprendre des études. Si je restais après 2014, je sens que je n’aurais plus assez d’enthousiasme. Tout m’énerve plus vite qu’avant. Ce n’est pas une solution facile, j’aurais pu choisir de rester députée. Si j’avais été tête de liste à la chambre pour la province de Namur, j’aurais pu obtenir un siège de parlementaire facilement.  

Alain Jeunehomme, votre ancien directeur de cabinet, avait démissionné de ses fonctions suite à son vote positif sur le rachat des Editions de l’Avenir par Tecteo. Cela a laissé des traces? Partez-vous en raison du climat au MR?  

Pas du tout. Je suis d’ailleurs toujours ministre. C’est vraiment une décision personnelle.  

Mais vous pourriez quand même pousser les listes. N’est-ce pas un gâchis pour le MR en province de Namur pour les prochaines élections? Il faut rester modeste, personne n’est irremplaçable. Il faudra réfléchir autrement pour la composition des listes, c’est vrai. Mais il y a des talents : François Bellot, Richard Fournaux, Anne Barzin…  

Donc vous quitterez aussi le Parlement en 2014. Avec votre prime de fin de législature?  

Vous avez entendu ce que je viens de vous expliquer? Je n’ai plus rien après. Je vais vivre de quoi? Vous allez me donner une allocation? Je ne pars pas pour un autre poste ailleurs ni pour diriger une entreprise publique, moi… Donc là, je n’ai rien après. Je ne sais pas où j’en serai dans sept mois.  

Votre prime parlementaire s’élèvera à combien?  

Je n’en sais rien du tout. Mais, cette prime, ça sert justement à ceux qui quittent la politique, non?  

Certains aspects de la vie politique ne vous ont jamais vraiment intéressée: les sections locales, les soupers-boudins… Vous quittez tout cela aussi.  

Les soupers-boudins, ça n’a jamais été ma tasse de thé, c’est vrai. Par contre, j’adore parler à des conférences et porter des dossiers au gouvernement.  

Vous voulez aussi éviter de vivre la prochaine période de formation du gouvernement qui risque d’être très difficile?  

La période de crise pour la formation du gouvernement actuel était quand même une période très intéressante car la Belgique a notamment eu la présidence de l’Union européenne pendant six mois à ce moment. Et les périodes de formation, ça fait partie intégrante de la vie politique.  

Vous avez dit ce lundi à vos collaborateurs, en annonçant votre départ en 2014, qu’ils ne seraient pas "recasés" ailleurs…  

Ça, je leur ai toujours dit. Mais je serai attentive à la situation de chacun.