Politique belge

Secrétaire administratif au sein du département démographie de la ville de Bruxelles et membre du comité MR d’Ath non élu lors des dernières élections communales (362 voix), Thierry Jacoby travaille aujourd’hui au sein du cabinet d’Alain Courtois (MR) en… toute illégalité depuis des mois. Explications.

Si le fonctionnaire avait officiellement été détaché auprès du cabinet du premier échevin de la ville de Bruxelles par le biais d’une décision unanime prise au scrutin secret en date du 13 décembre 2012, le collège des échevins et bourgmestre (PS/MR) a néanmoins dû se raviser et retirer sa décision le 4 juillet 2013.

Toujours est-il que cela n’a curieusement rien changé dans les faits. Alain Courtois n’a en effet jamais tenu compte du retrait de cette fameuse décision.

Autrement dit : Thierry Jacoby n’est plus détaché auprès du cabinet Courtois mais n’a pas pour autant réintégré son poste au sein de l’administration puisqu’il n’a jamais cessé de travailler pour Alain Courtois. Résultat ? Sa place au sein du département démographie de la ville de Bruxelles n’est toujours pas vacante et aucun remplaçant ne peut y prétendre puisqu’elle est fictivement pourvue.

Pourquoi l’intéressé n’est-il officiellement plus détaché de son administration auprès du cabinet ? Uniquement parce que son échevin s’est montré trop gourmand en termes de collaborateurs de niveau A (niveau universitaire ou assimilé - soit niveau A faisant fonction - après une promotion interne comme dans le cas de figure présent).

Ce constat dressé, Alain Courtois aurait pu prendre la décision de rétrograder son collaborateur d’une catégorie pour le garder à ses côtés, le faisant ainsi passer d’un niveau A à B mais il s’en serait suivi une perte pécuniaire pour l’intéressé.

À titre d’exemple, un collaborateur de niveau A (avec dix ans d’expérience) est rémunéré 3.597 € brut contre 2.716 € pour un collaborateur de niveau B : soit une différence mensuelle en brut de 881 €. Raison pour laquelle on l’a donc renvoyé pour la forme vers son administration afin que son salaire n’en pâtisse pas.

Un petit arrangement d’où découlent d’autres questions. Thierry Jacoby a-t-il remboursé les primes qu’il a touchées - 200 € par mois en plus de son salaire de base - lorsqu’il était détaché auprès du cabinet ? Si tel n’est pas le cas, les perçoit-il toujours ?

Si l’on se fie à l’accord post-électoral, Alain Courtois avait le droit de s’entourer de 7 collaborateurs pour constituer son cabinet : 4 niveaux A, 2 niveaux B et 1 niveau C. Toujours est-il que l’échevin de l’État civil et de la Démographie dispose à l’heure actuelle de pas moins de 12 collaborateurs !


"Tout cela est d’une transparence limpide"

Contacté par nos confrères de La DH, le collaborateur du cabinet Courtois, Thierry Jacoby (MR), n’a pas souhaité répondre aux questions. Aussitôt interrogé, Alain Courtois, lui, ne se souvenait plus du retrait de la décision dont il est question mais se souvenait par contre qu’il y avait eu "un problème d’émoluments" pour son collaborateur.

"Je ne crois pas du tout que la situation de M. Jacoby soit illégale […] Cela m’étonnerait que le personnel, le secrétaire communal ou les finances de la ville aient laissé passer une décision qui ne serait pas normale." Et de lancer dans la foulée : "Le CDH vous tuyaute très mal", insinuant donc que des fuites avaient été orchestrées par les humanistes.

Mais pourquoi le cabinet de M. Courtois compte douze collaborateurs et non sept tel que prévu à l’initiale ? "Je n’ai pas d’autres échevins qui m’ont donné des collaborateurs à eux […] Je mets à l’emploi des personnes jeunes pour une période déterminée. Elles doivent être soumises aux règles du chômage et ont des contrats de six mois ou d’un an. Je ne pense pas être en infraction à cet égard", se justifie-t-il.

De son côté, son attaché de presse, Francis Dubois, a tenu à préciser la situation du collaborateur. "On a demandé l’affectation d’un membre de l’administration connaissant tous les rouages de la machine dans le cabinet - ce qui est tout à fait légal - pour assurer la bonne coordination entre un cabinet fraîchement installé et inexpérimenté et l’administration. On s’est ensuite aperçu au bout d’un certain temps que plutôt que d’affecter - ce qui est tout à fait autorisé - M. Jacoby dans le cabinet, on l’avait détaché de son administration. À ce moment-là, on s’est dit "Mais non" : on n’a jamais demandé qu’il quitte l’administration pour venir au cabinet. […] On a donc décidé de remettre les pendules à l’heure et de remettre M. Jacoby dans son administration. Il y a eu une erreur administrative qu’on a rectifiée. […] C’est une décision qui a été prise par le Collège avec l’aval de l’administration dont il dépend. Tout cela est d’une transparence limpide."

La DH a également demandé de recevoir la notification officielle de cette nouvelle décision mais sans résultat... "Il s’agit d’un accord verbal pour répondre à des besoins temporaires ne nécessitant aucune formalisation écrite", leur a-t-on répondu.