Sciences - Santé

Que le Belge mange trop gras, trop sucré et trop salé, qu'il ne bouge pas assez, ne boit pas suffisamment d'eau ou de boissons non sucrées, mange trop de viande et trop peu de fruits et légumes, n'est pas une nouveauté. Le 4e et dernier volet de l'enquête nationale de consommation alimentaire 2014-2015, réalisée auprès de 3200 Belges âgés de 3 à 64 ans et dévoilée vendredi par l'Institut scientifique de santé publique (ISP), vient encore de le souligner, confirmant les tendances des dernières années.

La nouveauté de cette édition vient en revanche des données, collectées pour la première fois en Belgique, relatives aux enfants, âgées de 3 à 9 ans. En compagnie de Laurence Doughan, experte nutrition au SPF Santé publique, et Jean Tafforeau, responsable du service Enquête de l'ISP, nous avons disséqué l'assiette des plus jeunes, enfants et adolescents, par groupe d'âge. Histoire de voir où se situent les problèmes entre les quantités effectivement consommées et celles recommandées selon la pyramide alimentaire active.

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Chez les 3-5 ans: déjà beaucoup trop de "crasses", pour le reste, on gère! Plus ou moins bien

Comme s'il n'y avait pas d'âge pour commencer à prendre de mauvaises habitudes, dès 3 ans, biscuits, tartes, glaces, gâteaux, viennoiseries, confiseries, confitures, sauces, jus de fruits…tous ces aliments qui devraient n'être envisagés que de manière occasionnelle, sont très largement surconsommés. Un tiers de l'apport énergétique d'un enfant de 3 à 5 ans vient de produits superflus, qui n'apportent que des calories vides, des sucres rapides qui se transforment en mauvais cholestérol, des graisses dont on n'a pas besoin, sans apport de protéines, vitamines, minéraux… Quant aux sucres lents, dans ce groupe d'âge où la pyramide apparaît comme presque idéale (exception faite du sommet), ils proviennent davantage des gâteaux que des pommes de terre, des pâtes et du riz. Un bel exemple de grosse erreur nutritionnelle. En d'autres termes, les 3 à 5 ans consomment beaucoup trop de sucres dont ils n'ont pas besoin. Ils mangent aussi trop de viande (90 g journaliers contre, contre 40 à 60 g recommandés) , constate l'experte en nutrition, qui fait remarquer que "les parents pensent toujours que les enfants ne mangent pas assez de viande et qu'il faut leur en donner une bonne ration. On surcharge leurs reins, ce qui n'est pas utile, et encore plus dommageable chez les 0 à 3 ans. Sans compter que cela contient aussi des graisses cachées".

Point positif à souligner, en revanche, ils ont une bonne consommation de fruits, même légèrement supérieure aux apports journaliers recommandés (AJR) - ce qui ne pose aucun problème -, d'autant que cela compense la consommation en légumes très légèrement inférieure aux recommandations. Si pour ce qui concerne le fromage, les AJR sont respectés, ils ne le sont en revanche pas pour les produits laitiers et le soja enrichi au calcium: 300 g ou 2 verres réellement consommés en moyenne contre 500 g par jour recommandés.

Autres raisons de se réjouir: le respect des recommandation au niveau des produits céréaliers, pommes de terre et substituts. Idem pour la consommation d'eau et de boissons non sucrées. "Il ne faut pas sous-estimer l'apport des besoins en eau, insiste Laurence Doughan, tout comme d'ailleurs celui des produits laitiers ou enrichis en calcium. Ne pas consommer de produits laitiers, c'est risquer de manquer de calcium et de ne pas bien "faire ses os", surtout si on boit des colas, qui épuisent le capital osseux. Mais attention, cela signifie du lait (entier ou demi-écrémé), ou équivalents en soja enrichi en calcium, et des yaourts non sucrés et non des boissons chocolatées ou aromatisées, bourrées de sucre. Tous ces produits sont à éviter". Et pour l'activité physique, on sera heureux de voir qu'entre 3 et 5 ans, nos petits bougent encore, même si pas tout à fait assez.

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Chez les 6-9 ans: de la maternelle au primaire, comme si scolarité rimait avec sédentarité

C'est flagrant, dès le passage à l'école primaire, si l'on superpose la consommation réelle par catégories d'aliments aux quantités recommandées par la pyramide, rien ne va plus! A commencer par l'activité physique: comme si scolarité rimait avec sédentarité. "Manifestement, on n'a pas assez de pauses physiques à l'école, estime l'experte en nutrition. Ils sont scotchés sur leur chaise et, rentrés à la maison, à leurs écrans, même si beaucoup semblent avoir des activités extra-scolaires". Autre raison de se désoler: dans cette tranche d'âge, ils boivent à peine la moitié de la quantité d'eau pure (idéalement 1,5 l par jour) et de boissons non sucrées qu'ils seraient censés consommer. "Or, un enfant mal hydraté aura plus facilement mal à la tête. Il faut absolument veiller à ce que les parents soignent l'apport en eau des enfants". Si l'apport en matières grasses à tartiner et à cuisiner est couvert, il est important de les diversifier au maximum. Pour ce qui est des produits céréaliers, les 6-9 ans ne mangent pas assez de pain et pas assez de pommes de terre. Ne parlons pas ou plutôt parlons des fruits et légumes: la consommation est largement inférieure aux recommandations. Enfin, au sommet de la pyramide, la proportion de "crasses" ou produits superflus ne cesse de grossir, allant jusqu'à représenter 38 % de l'apport total en énergie, alors que la limite maximum à ne dépasser est de 10%!

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Les 10-17 ans: catastrophe, le déséquilibre alimentaire ne cesse de s'aggraver

Chez les adolescents, même constat navrant. Plus que jamais consommés, les biscuits et autres sucreries grasses constituent 39% de l'apport énergétique total. "Alors qu'ils ont un besoin accru en calories de qualité, les adolescents ont un régime alimentaire totalement déséquilibré, en vitamines, minéraux, calcium, glucides à longue chaîne, puisqu'ils sont fortement mobilisés tant sur le plan de la concentration scolaire que sur le plan de la croissance. Le plus gros souci est le manque de fruits et légumes: ils n'atteignent pas la moitié des quantités recommandées, ce qui a notamment pour conséquence des problèmes de constipation surtout chez les jeunes filles. Tout comme les problèmes d'acné sont accentués par une alimentation riche en graisses. Les adolescents ont tout à gagner à manger sainement; ils doivent absolument implémenter dans leur alimentation ce qui nourrit vraiment. En outre, ils mangent trop de protéines. Enfin, ils ne boivent et ne bougent pas assez". Par ces comportements, non seulement ils ne couvrent pas leurs besoins mais ils développent un comportement qui va perdurer par la suite.

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Les 18-64 ans: les adultes oublient parfois que l'alcool, ce sont des calories

Bougent-ils autant qu'ils veulent bien le dire, comme cela apparaît sur la pyramide suite à l'enquête de l'ISP réalisée sur base déclarative, on peut en douter… Quoi qu'il en soit, on constate que les besoins en eau et boissons non sucrées s'avèrent à peu près couverts. Mais là encore, quelle est la proportion de thé ou de café? Pour le pain? "Peut mieux faire", commente Laurence Doughan, qui souligne une consommation excessive en viande et largement trop faible en produits laitiers, même si le fromage est lui très apprécié par les Belges. Quant aux problèmes de surpoids, on les retrouve ici encore dans le sommet de la pyramide. Et la consommation d'alcool, vin, bière et autres cocktails. "Beaucoup de gens semblent ignorer que l'alcool, ce sont des calories. Ils pensent que cela dilue les graisses"…