Sciences - Santé

A l’hôtel de ville de Bruxelles, sur la piste des “bestioles” mal-aimées.

Couché sur l’épaisse moquette, Peter Berx inspecte de près les plinthes en bas des boiseries gothiques qui recouvrent les murs de la salle des mariages de l’hôtel de ville de Bruxelles. Au milieu de la pièce, son collègue, Wouter Deconinck, lui, est accroupi sur l’escalier dont il est en train de soulever la moquette. Un peu plus loin, Isabelle Coppée est passée sous la table d’honneur recouverte d’un tissu écarlate. Avant d’examiner elle aussi les tapis. “C’est un très bon endroit pour les trouver, s’enthousiasme-t-elle. Surtout les tapis en matière naturelle, car les larves des anthrènes aiment bien se nourrir de matières animales mortes, comme la laine !” L’anthrène est un insecte et ses trois “chasseurs urbains” sont entomologistes. Ils sont ici en plein inventaire à l’hôtel de ville de Bruxelles. Leur objectif : trouver un maximum de ces bestioles qui font hurler le commun des mortels, et ensuite, non pas les exterminer, mais les récupérer dans de petites fioles, pour les comptabiliser.

Le piège des fenêtres au printemps

Pour capturer les insectes, Wouter Deconinck est armé d’un petit aspirateur à bouche, formé d’une fiole et de deux tuyaux. “C’est plus facile, car si l’insecte est vivant, ça nous permet de ne pas courir partout derrière lui !” Son collègue Jérome Constant, lui, préfère une petite palette aux airs de lime à ongle. Et mise sur les fenêtres. “Quand les insectes rentrent dans les bâtiments pour hiverner, au printemps, il vont essayer de sortir du bâtiment, et ils vont se retrouver face à un problème créé par l’homme : les fenêtres qui sont fermées. Pour eux, c’est la lumière, c’est l’extérieur, mais il y a la vitre. Beaucoup vont mourir là, près de la fenêtre.”

Rapidement, il découvre sur la tablette de l’une des fenêtres typiques recouvertes de croisillon un anthrène mort. “Si joli avec ses élytres recouverts de minuscules écailles. Et puis il est utile, il se nourrit de ce qu’on perd, comme les squames”. Un amateur de tapis, lui, soulignerait sans doute plutôt les dégâts que les anthrènes peuvent causer… Mais les entomologistes sont là pour plaider la cause de leurs “bébêtes” préférées. “Ce que nous voulons montrer et dire aux gens avec cet inventaire, c’est que les insectes sont très intéressants à découvrir, et tout près de chez soi ! Qu’il y en a même dans les maisons ! Une dizaine d’espèces d’insectes différentes dans une maison bruxelloise, c’est normal. Un scientifique britannique qui les avait inventoriées chez lui en avait même trouvé une cinquantaine, explique Jérome Constant, avant d’aller observer sa récolte avec le microscope qu’il a installé sous les tableaux de maître du premier étage.

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