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"Sage, très rigoureux, fidèle à ses engagements" , Georges Lemaître n’aurait pas fait un très bon personnage de roman, estime l’écrivain Vincent Engel. C’est ce qui l’a poussé à se diriger plutôt vers l’essai. L’écrivain belge, professeur à l’UCL tout comme le fut Lemaître, publie ces jours-ci chez JC Lattès "Le prêtre et le Big Bang", une biographie de cet astrophysicien et mathématicien considéré comme fondateur de la cosmologie (science qui étudie l’Univers dans son ensemble et son Histoire) et père de la théorie du Big Bang. Vers 1927, ce natif de Charleroi (1894 -1966) émet en effet l’idée révolutionnaire d’un Univers en expansion, à l’origine rassemblé en un point. Vincent Engel a eu son intérêt "titillé" par d’autres aspects que le caractère peu flamboyant de Lemaître : la conjonction du prêtre et du scientifique, la somme des découvertes, la nouvelle vision du monde qu’a apporté la théorie du Big Bang Un nom qu’on doit d’ailleurs à l’un de ses adversaires, Fred Hoyle, qui ne voulait pas d’un Univers avec un commencement pour des raisons philosophiques. Georges Lemaître s’opposa aussi à Einstein, car ce dernier privilégia longtemps un Univers éternel et statique.

Désaccord avec Einstein

Autre conflit avec Einstein : Georges Lemaître conservait dans sa théorie la "constante cosmologique". Il faisait bien. On sait à présent que la constante cosmologique, ou quelque chose de similaire, compose à 70 % l’Univers : c’est l’énergie noire, cette force répulsive qui accélère l’expansion de l’Univers depuis 5 milliards d’années. "Il est en quelque sorte super-visionnaire, car cela n’a été découvert qu’en 1998 et a débouché sur un prix Nobel en 201 1, relève le responsable du groupe de recherche en cosmologie à l’Université de Namur, André Füzfa. Pour Vincent Engel, les autres scientifiques comme Einstein se sont méfié du statut de prêtre de Georges Lemaître. "Le fait qu’il était à la fois prêtre et scientifique, c’était un problème pour les autres, mais pas pour lui, estime l’écrivain. Pour lui, c’était tout à fait naturel. Pour lui, la religion garantit le salut, et Dieu ne peut pas être prouvé. La science, elle, doit être démontrée. Chez lui, les deux domaines coexistaient sans empiéter l’un sur l’autre. Il disait que c’était deux chemins vers la vérité."

Ses recherches n’ont jamais fait vaciller ses croyances. Le biographe pense cependant que la foi du chanoine Lemaître a "inévitablement" influencé sa théorie. "Il y a clairement une influence judéo-chrétienne à l’idée d’un commencement de l’Univers, confirme le Pr Füzfa. Au début de sa carrière, Lemaître était "concordiste" - il pensait que la science peut illustrer sinon démontrer la foi -, mais après il a considéré que c’était deux aspects séparés. Et il fait une distinction entre commencement de l’Univers (qu’il décrit avec son modèle), et création. Ce n’est pas parce qu’il y a eu un passé qu’il y a une création et un créateur. Et s’il y a un commencement, il n’y a pas nécessairement de début temporel à ce commencement." Il a rappelé cela au Pape Pie XII, qui avait bien envie de voir dans ces théories du Big Bang une confirmation de la Bible