Sciences - Santé

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, l’espérance de vie des enfants est moindre que celle de leurs parents. En cause, principalement l’épidémie d’obésité. Une obésité qui coûte cher à la société - deux fois plus que le cancer aux E-U -, diminue de treize ans en moyenne l’espérance de vie et tue parfois aussi. En cas d’obésité morbide, "le seul traitement qui a démontré, dans la littérature scientifique, son efficacité à long terme est la chirurgie bariatrique" , affirme le Pr Guy-Bernard Cadière, chef du service de chirurgie digestive et médecin-directeur de la Clinique du poids idéal au CHU Saint-Pierre, à Bruxelles, qui a réalisé en novembre 1992 la première chirurgie de l’obésité par laparoscopie au monde. Avec vingt ans de recul et alors que les "ratés" chirurgicaux de cette approche ont plus d’une fois été mis en cause, le spécialiste nous dit quelle est au juste sa place, tout en insistant sur l’importance de l’accompagnement humain dans cette démarche.

Qu’est-ce que le bypass gastrique ?

L’intervention consiste à ne plus faire passer les aliments dans l’estomac, mais bien directement d’une petite poche gastrique à l’intestin (voir infographie). Cela oblige à manger plus lentement et cela crée une malabsorption de la graisse, ce qui signifie qu’une partie de la graisse ingérée n’est pas absorbée. Enfin, un troisième mécanisme fait que le patient n’a plus envie de manger des sucres rapides.

Quelles sont les indications précises ?

Le patient doit avoir un BMI (Body Mass Index ou indice de masse corporelle) égal ou supérieur à 40, c’est-à-dire le double de son poids idéal ou un BMI supérieur à 35 avec hypertension artérielle, diabète et/ou apnées du sommeil.

Ce n’est cependant pas une intervention anodine à banaliser ?

Certainement pas. Il ne s’agit pas de dire, comme entendu en consultation : "Docteur, je veux faire un cadeau à ma fille. Je lui offre un bypass gastrique !" Cela dit, quand on pose l’indication de cette intervention chirurgicale, c’est parce que la morbidité opératoire, c’est-à-dire les risques de complications liés à l’intervention sont moins grands que ceux liés au fait de rester avec ce surpoids. Donc, on se trouve face à un patient soit qui en l’absence de traitement développera de l’hypertension, du diabète avec tous les risques associés , soit qui sera opéré avec les risques opératoires inhérents à cet acte chirurgical. L’an dernier, sur les 261 bypass gastriques, réalisées par notre équipe, sachant que la durée médiane d’hospitalisation est de trois jours, une seule personne est restée hospitalisée plus de dix jours pour complications et réadmise la semaine suivante pour trois jours d’hospitalisation supplémentaires. Il n’y a pas eu de décès à déplorer suite à ces actes chirurgicaux dont les complications opératoires se limitent à 0,4 %.

Avec vingt ans de recul, la meilleure des interventions dans la majorité des cas resterait donc, selon vous, le bypass gastrique ?

Oui, la chirurgie serait en effet la manière la moins chère de contrôler le problème, mais à condition qu’il n’y ait pas ou presque pas de morbidité opératoire (c’est-à-dire de complications) et qu’il n’y ait pas ensuite un regain de poids. Nous estimons qu’avec 0,4 % de morbidité, il est légitime de faire une intervention qui s’avère efficace sur l’hypertension, l’obésité, le diabète Car n’oublions pas qu’après six mois, toutes ces pathologies sont guéries, dans la plupart des cas.

Encore faut-il bien gérer l’après…

En effet, il y a un bémol à cela. Si l’on ne change pas le régime alimentaire et si l’on n’augmente pas l’activité physique, on a, après cinq ou six ans, un regain de poids. Notre défi consiste en effet à avoir institué il y a trois ans un réseau où le médecin traitant prend une part active (voir ci-contre). Avec la Clinique du poids idéal, tout est regroupé autour du patient (centres d’esthétique, de fitness, de relooking ) dans l’idée qu’avec cet outil, on évitera le regain de poids. Car la graisse ne meurt jamais. Il s’agit d’un traitement à vie. Pour changer son comportement alimentaire et reprendre une activité physique, il faut être encadré dans un centre où l’on ne parle pas de régime, de privation ou d’exploit sportif; mais bien de mieux manger avec l’aide de médecins nutritionnistes qui suivent les patients. Des coaches leur apprennent aussi à bouger. C’est un travail de longue haleine

Quels sont les résultats obtenus jusqu’ici ?

A trois ans, on a 80 % des pertes de l’excès de poids; cela signifie en moyenne un BMI de 27 pour des patients partis avec un BMI de 42. C’est un succès à trois ans qui ne signifie cependant pas que l’on a réussi. Nous devons en effet encore gagner le challenge de la reprise de poids à long terme car on sait que c’est à partir de maintenant que le poids risque de remonter.

L’accompagnement est essentiel et nécessite une fidélisation…

Absolument. Penser que simplement l’intervention, sans le suivi et l’accompagnement psychologique, nutritionnel et physique est la solution magique, est une grave erreur. C’est une des pièces d’un puzzle d’amaigrissement et de prise en charge d’une structure, en l’occurrence celle de la Clinique du poids idéal qui est destinée, in fine, notamment à changer son comportement alimentaire. A simplement avoir ou retrouver une relation heureuse avec la nourriture.

me, avec 9000 interventions par an dans notre pays.