Sciences - Santé

Ce n'est pas la première - et clairement pas la dernière - alerte qui est lancée à la NASH (Stéatose hépatique non alcoolique), plus populairement surnommée, aux stades précoces, "maladie du foie gras humain non alcoolique", "maladie de la malbouffe" ou encore "maladie du soda". Tout simplement parce que les personnes, généralement trop sédentaires, qui en souffrent sont notamment de gros consommateurs de soft drinks et autres boissons sucrées, mais aussi de graisse.

Cette fois, à la veille de la seconde journée mondiale de cette maladie, en passe de devenir une véritable épidémie, les Cliniques universitaires Saint-Luc ont choisi d'attirer plus particulièrement l'attention sur les dangers d'une consommation excessive de fructose chez les enfants. Et cela, d'autant plus que la maladie est insidieuse, asymptomatique à ses débuts - hormis la fatigue -,alors que ses complications sont sévères puisqu'elle peut entraîner cirrhose et cancer du foie, ainsi que des risques augmentés d'infarctus du myocarde, d'AVC (accident vasculaire cérébral), etc. En cause, une dégénérescence des cellules du foie et un phénomène d'inflammation, appelé "nécroinflammation".

10 à 15 % des enfants considérés comme à risque

Si aujourd'hui 5 % de la population adulte sont concernés par la NASH, près d'un adulte sur trois (30%) présente une stéatose (premier stade) et est à risque de développer une NASH, alors que, chez les enfants ils sont déjà 10 à 15 % dans ce cas.

"Certains développent des stéatoses hépatiques non alcooliques (le stade qui précède la NASH) mais d’autres souffrent déjà de NASH, voire même de cirrhose NASH", s’alarme le Pr Etienne Sokal, chef du Service de gastroentérologie et hépatologie pédiatrique des Cliniques Saint-Luc, qui insiste sur l'importance de limiter autant que possible la consommation de sucre chez les enfants. Car, conséquence dramatique de cette précocité de la NASH, on assiste depuis quelque temps à une diminution de l’âge moyen des transplantations hépatiques, mais aussi des cancers du foie. Au point que le spécialiste n'hésite pas à parler de "véritable problème de santé publique".

La faute au fructose omniprésent

Le grand responsable pointé du doigt dans le développement de la NASH est le fructose. Un ingrédient dont le coût relativement bas en fait l’un des sucres les plus utilisés dans l’industrie agro-alimentaire. Nombreux sont en effet les produits de consommation qui en contiennent : plats préparés, aliments transformés, boissons sucrées, etc.

Concrètement, le fructose est un inducteur de la lipogenèse, c’est-à-dire de la synthèse de graisse au niveau du foie. "La NASH commence par une simple infiltration graisseuse du foie qui est souvent liée à l'obésité mais aussi à la consommation excessive de fructose chez les enfants. Plus on consomme du fructose, plus on stimule l’accumulation de graisse dans le foie, poursuit le Pr Sokal. Le fructose est à ce titre comparable à l’alcool, à la différence près que l’on y est exposé dès les premières années de la vie."

Quid du diagnostic et du traitement ?

Détectée fin des années 80, la NASH reste très difficile à diagnostiquer. A ce jour, outre les tests sanguins et une échographie dans un premier temps, la biopsie du foie reste la méthode la plus fiable, bien que très invasive.

Cela étant, un dépistage plus succinct de la maladie et de sa sévérité sera proposé ce mercredi aux Cliniques Saint Luc en utilisant la technique du Fibroscan, qui permet de calculer la quantité de graisse et de fibroses (tissus cicatriciels) au sein du foie.

Actuellement, il n’existe pas de traitement disponible pour contrer la NASH. Si plusieurs candidats médicaments sont en cours de développement à travers le monde, dont au moins deux au dernier stade (phase 3 des essais cliniques), des recherches sont en cours aux Cliniques universitaires Saint-Luc, dans le domaine des thérapies cellulaires.

Depuis octobre dernier, le professeur Etienne Sokal supervise une étude visant à mieux comprendre l’accélération de la sénescence (le vieillissement et la réduction de la capacité de régénération) des cellules du foie qui sont soumises à l’inflammation d’une NASH et l’effet protecteur des cellules progénitrices hépatiques.

Par ailleurs, le laboratoire de pédiatrie des Cliniques universitaires Saint-Luc a découvert des cellules progénitrices (issues de cellules souches) du foie qui ont un potentiel régénératif. Des essais cliniques ont été initiés, notamment par Promethera Biosciences, spin-off de l'UCLouvain, sur des patients adultes des cliniques St-Luc qui souffrent de NASH à des stades avancés.