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Deux satellites Galileo envoyés vendredi par une fusée Soyouz depuis la Guyane française n'ont pas atteint l'orbite prévue, selon Arianespace, faisant planer la menace d'un retard de mise en service du système de navigation européen censé concurrencer le GPS américain.

Le coordinateur interministériel pour la France du programme Galileo, Jean-Yves Le Gall, a déclaré samedi à l'AFP qu'il serait "compliqué" de replacer sur la bonne orbite les deux satellites.

"Nous sommes en train de voir si on peut rattraper la situation dans les prochaines heures", a dit M. Le Gall, ancien patron d'Arianespace, ajoutant que "les équipes [travaillaient] de concert sur les mesures à prendre pour essayer de ramener les satellites sur la bonne trajectoire".

Arianespace indique que "les observations complémentaires collectées après la séparation des satellites de la mission Soyouz VS09 pour Galileo FOC M1 mettent en évidence un écart entre l'orbite atteinte et celle prévue", précisant que des "investigations étaient en cours".

"Les satellites ont été mis sur une orbite plus basse que prévue au moment de la mise sur orbite. Les équipes sont en train d'étudier l'impact que cela pourrait avoir sur les satellites ", précise-t-on chez Arianespace, qui ne se prononçait pas sur la possibilité d'une correction de la trajectoire des deux satellites.

"On devait être sur une orbite circulaire de 23.000 km d'altitude, et l'orbite n'est pas circulaire, elle est elliptique et plus basse, aux alentours de 17.000 km", a précisé M. Le Gall.

Initialement prévu jeudi, le lancement avait dû être reporté à cause d'une météo défavorable.

Au terme d'une mission de 3 heures et 48 minutes, l'étage supérieur Fregat s'était séparé des deux satellites Galileo Sat-5 et Sat-6 pour les placer sur une orbite circulaire à 23.522 km d'altitude.

Le mythique lanceur russe, dont c'était la neuvième mission depuis le Centre spatial guyanais (CSG), avait quitté son pas de tir de Sinnamary, près de Kourou, vendredi à 09H27 locales (12H27 GMT), avec une charge de 1,6 tonne au décollage.

Prévus pour être opérationnels à l'automne, après leurs premiers essais dans l'espace, ces deux nouveaux satellites Galileo doivent s'ajoutent aux quatre satellites déjà lancés pour valider le système de navigation voulu par la Commission européenne.

Les Européens ont voulu disposer de leur propre technologie, indépendante du système militaire américain GPS. D'un coût de plus de 5 milliards d'euros, le programme est financé à 100% par la Commission européenne et mis en oeuvre par l'Agence spatiale européenne.

Son financement avait fait l'objet de nombreuses négociations entre les gouvernements européens à Bruxelles.

Avec une mise en service d'abord prévue en 2008 et un coût initial de 3,2 milliards d'euros, le système, dont les deux premiers satellites ont été lancés en octobre 2011, a accumulé les retards et les surcoûts. En octobre 2013, la société allemande OHB, qui s'était vue confier la construction de 22 satellites, avait dû demander l'aide de ses concurrents français pour rattraper son retard dans la livraison.

Jeudi, Arianespace avait annoncé le lancement "à partir de 2015" de douze nouveaux satellites "afin d'accélérer le déploiement" de Galileo.

Deux nouveaux satellites doivent être lancés depuis la Guyane fin 2014. La constellation Galileo se déploiera ensuite progressivement, avec six à huit engins lancés chaque année par les fusées Soyouz (cinq lancements à raison de deux satellites par tir) et Ariane 5 (trois lancements à raison de quatre satellites par tir) depuis Kourou, tandis que les éléments du réseau au sol seront mis en place.

D'ici 2017, le système Galileo devrait compter 24 satellites opérationnels, auxquels s'ajouteront par la suite six satellites de secours.

Avant l'impair technique de vendredi, il était prévu que les services initiaux de Galileo débutent fin 2014, avant que le système devienne pleinement opérationnel en 2018.

Opérant à plus haute altitude que le GPS, les satellites Galileo bénéficient d'un angle d'inclinaison plus élevé, très utile en ville, car plus le signal est élevé, plus il est visible par les utilisateurs au sol.

Les satellites Galileo sont aussi dotés des meilleures horloges atomiques jamais utilisées dans la navigation, d'une précision d'une seconde sur trois millions d'années.

Une mesure ultra-précise du temps est primordiale dans la navigation par satellites qui repose sur la conversion en distance du temps que le signal met pour atteindre les stations au sol. Une erreur de mesure d'un milliardième de seconde peut ainsi aboutir à un écart de positionnement de plusieurs dizaines de centimètres à la surface de la Terre.