Sciences - Santé

L’air est connu. Son refrain est chantonné, voix tremblante, depuis l’invention du téléphone portable. Le GSM – ou, plus exactement, les ondes électromagnétiques qu’il émet et reçoit – est-il dangereux pour la santé ? Voilà près de 20 ans qu’experts, cancérologues et organismes plus ou moins indépendants se déchirent sur la question. Devenue, vu l’omniprésence des mobiles, loin de s’essouffler, de santé publique.

Ericsson nous informait hier matin encore qu’on compte actuellement 6,4 milliards d’abonnements mobiles dans le monde en 2012; et qu’on en recensera 9,3 milliards en 2018…, relèvent nos confrères de la Dernière Heure.

Régulièrement depuis dix ans, pas un mois ne s’écoule sans qu’une étude sur la question ne surgisse. Aussitôt démentie par une autre. La plus grande étude épidémiologique réalisée à ce jour, Interphone, pilotée par le Centre international de recherche sur le cancer (Cir) et publiée en 2010, dément le risque. Et est devenue la bouée de sauvetage privilégiée des surpuissants lobbys de l’énorme marché de la téléphonie mobile.

Mais quelque chose a changé. Le 18 octobre dernier, la Cour de cassation italienne a reconnu que l’utilisation intensive du téléphone portable avait favorisé le développement d’une tumeur au cerveau chez Innocente Marcolini, un ex-cadre italien qui a été déclaré invalide à 80 %.

Un long combat (lire ci-contre), mais accouchant sur une première historique : jamais encore la justice n’avait reconnu le GSM coupable de causer du tort à l’organisme humain. Une sorte de jurisprudence (morale) s’ensuit, et l’expert médical qui a aiguillé Innocente Marcolini soigne désormais 20 patients se disant victimes du même mal…

Au cours d’une conférence de presse conjointe hier au Parlement, les eurodéputées Frédérique Ries (MR) et Michèle Rivasi (Verts français) se sont appuyées sur le cas de Marcolini, en guise de caisse de résonance. Elles ont appelé à “légiférer de toute urgence” face au risque “démontré” de tumeurs lié à l’utilisation excessive d’un téléphone portable.

Pour les deux députées, l’arrêt italien doit amener l’Europe à revoir sa législation. “Les limites d’exposition aux champs électromagnétiques n’ont pas été modifiées dans l’Union européenne depuis 1999. Aberrant ! Alors qu’un nombre de plus en plus important d’études a prouvé que l’exposition répétée aux ondes électromagnétiques peut entraîner des risques de cancers ou de sérieux problèmes psychologiques ”, a commenté l’ancienne journaliste de RTL.

“M. Marcolini aurait pu éviter sa maladie s’il avait été mieux averti des dangers qu’il courait en passant plusieurs heures par jour le mobile vissé sur son oreille” , a renchéri sa collègue française.

“Nous savons maintenant qu’il existe un risque élevé de tumeur des nerfs crâniens pour les utilisateurs intensifs. Il faut que cela se sache, par le biais de campagnes d’information officielles émanant des responsables de santé publique de tous les États membres.” Dorénavant, “ce n’est plus le principe de précaution qui s’applique, mais le principe de prévention”.

Les deux députées appellent la Commission européenne à légiférer “de toute urgence” .