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Dans le cadre de notre dossier 'Amour, sexe et tabous', LaLibre.be s’est penchée sur les principaux problèmes sexuels rencontrés par les hommes jeunes et plus âgés. Quels remèdes contre l’éjaculation précoce ? Peut-on banaliser des troubles érectiles ? Le Docteur Armand Lequeux, professeur en gynécologie et sexologie, répond aux questions de LaLibre.be.

De manière générale, pour quelles raisons les hommes consultent-ils un sexologue ?

Si on caricature un peu, on peut dire qu’un jeune viendra généralement pour un problème d’éjaculation précoce, alors qu’un adulte plus âgé s’y rendra pour des troubles érectiles. Ensuite, il y a ceux qui y sont invités par leurs femmes suite à un manque de désir, une infidélité chronique ou un souci d’alcoolisme.

Commençons par l’éjaculation précoce, les jeunes hommes sont-ils nombreux à en souffrir ?

Le nombre dépendra principalement de la définition exacte qu’on lui donne (durée, avant pénétration ou pas, avec ou sans satisfaction de l’acte,…). Selon les critères temporels ou subjectifs, disons qu’un quart des jeunes hommes affirment que ce serait « mieux si l’acte pouvait durer un peu plus longtemps ». Cependant, seuls 10% des hommes seraient prêts à consulter un spécialiste pour résoudre ce problème, et 1% qui font réellement la démarche. Pour une migraine, la consultation est plus facile et rapide.

Consulter un sexologue reste donc souvent tabou, difficile ?

Oui, sans parler de l’aspect culturel. Caricaturons un peu plus encore : vous verrez rarement un Africain se plaindre d’éjaculation précoce. Par contre, il viendra plus facilement s’il ne parvient pas à multiplier le nombre d’actes sexuels successifs. L’approche de la sexualité est donc très fortement liée à la culture de chacun. Cela se constate jusque dans la propre évaluation des performances.

Une évaluation influencée par la pornographie ?

Il est évident que l’on voit naître des plaintes qui n’existeraient pas sans un accès aisé à la pornographie et ses performances en termes de durée de l’acte. Certains se comparent à ces acteurs et se disent qu’ils ne sont pas normaux… alors que ce sont les performances des acteurs qui ne sont pas normales.

Quelles raisons expliquent ce phénomène de jouissance précoce ?

Il faut être très nuancé, car certains hommes vont ‘de naissance’, et donc toujours, éjaculer très rapidement, alors que d’autres moins, ou même beaucoup moins, rapidement. Certains ne vont même pas forcément y parvenir à chaque relation. C’est dû à des données biologiques liées à des neurotransmetteurs que la médecine commence à peine à comprendre. Il a ainsi été constaté que certains antidépresseurs retardaient l’éjaculation. Des personnes traitées à fortes doses pour troubles obsessionnels compulsifs ne parviennent parfois plus du tout au bout de l’acte. Cela pose des problèmes en psychiatrie, car les patients en souffrent. A partir de là, il est parfois possible de traiter l’éjaculation précoce de manière médicamenteuse.

A côté de l’aspect biologique, le stress peut augmenter le phénomène d’éjaculation prématurée. Dans le même sens, l’apprentissage ou le passé sexuel très actif de l’homme peut favoriser un comportement moins rapide.

Donc, concrètement, il n’y a pas de remède miracle et unique ?

A ce jour, non. On va favoriser l’apprentissage -en couple si possible-, diminuer l’anxiété et éventuellement analyser un traitement médicamenteux. En général, on notera aussi que les longues périodes d’abstinence augmentent les risques et diminuent les opportunités d’apprentissage.

La consommation d’alcool et de cannabis a-t-elle une forte influence sur ce mal ?

L’alcool et le cannabis peuvent retarder l’éjaculation chez certains hommes. C’est d’ailleurs parfois un motif d’addiction chez certains jeunes qui veulent se donner toutes les chances d’être performants au cas où ils auraient une relation le soir même. C’est un fléau connu et même très répandu auprès des consommateurs de drogues dures. Au moment du sevrage, ce sera parfois une grande difficulté pour eux. Quant aux troubles érectiles, une faible dose d’alcool peut désinhiber et donc favoriser l’érection… mais à fortes doses, cela peut provoquer le trouble ou l’aggraver. A terme, les alcooliques chroniques devront tous faire face à un trouble érectile. C’est presque une certitude.

Justement, le trouble érectile est le principal problème rencontré par les adultes de plus de 50 ans. Sont-ils nombreux à en souffrir ?

Les statistiques qui évoquent 1 adulte sur 2 sont sans doute excessives, car la plupart des études sont menées par des laboratoires qui ont intérêt à exagérer le problème. Cela dit, on tourne autour de 25% de la population. Mais, cela augmente avec l’âge…

Quelles en sont les causes ?

On va d’abord tenter de différencier l’origine psychologique ou relationnelle de l’origine organique. Par l’interrogatoire, celui qui affirme encore avoir des érections matinales ou par excitation, mais qui n’en n’a plus quand il est avec sa partenaire… on devinera que cela relève du domaine psy : l’anticipation anxieuse, un échec qui entraine un autre, l’humiliation, la peur de décevoir, la crainte de l’âge,… Ici, on va le traiter en démontant le processus et en expliquant qui si cela fonctionne à d’autres moments, cela doit fonctionner au moment crucial. On va par exemple demander à ce couple de faire des exercices qui n’incluent pas la pénétration. On va aussi pouvoir prescrire les molécules qui visent à faciliter l’érection, telles que le Viagra.

Le Viagra, une découverte révolutionnaire ?

Oui tout à fait. D’abord parce que cela a aidé beaucoup de gens à solutionner le problème ou tout simplement à en parler. Ensuite, cela a amené les médecins généralistes et autres à en parler à leurs patients car ils avaient enfin une solution à proposer.

Et si l’origine du trouble est organique ?

Certains pensent qu’à 50 ans, il est normal de ne plus avoir d’érection matinale ou de réaction à des pensées ou images explicites. A priori, ils se trompent. Suite à ce constat, on va s’intéresser à l’hygiène de vie de la personne, car tout ce qui augmente les risques cardiovasculaires, augmente les risques de troubles érectiles : l’obésité, le tabac, l’alcool, la sédentarité, l’excès de cholestérol et le diabète. Vu le fonctionnement du pénis, des problèmes cardiovasculaires vont avoir comme premier symptôme le trouble érectile.

En d’autres mots, un homme atteint de ce trouble doit consulter un spécialiste et ne pas se dire qu’au fond ‘c’est de son âge’ ?

Effectivement, c’est un signe prémonitoire qu’un risque cardiaque lui pend au nez. Si on simplifie fortement les études à ce sujet, on constate que les hommes qui ont eu un problème cardio, avaient comme signes avant-coureurs des troubles érectiles. Donc, il ne faut pas consulter son médecin traitant uniquement pour l’aspect sexuel et affectif, mais l’alerter du problème cardio possible.

Le désir ou la libido diminuent-ils avec l’âge ?

Celui qui a des troubles érectiles va avoir une libido moindre, car ce n’est pas très amusant d’avoir une panne. Se protéger d’un trouble de la réalisation par un trouble de la motivation, c’est classique. Nous constatons de plus en plus de consultations pour cela, et cela reste nettement plus fréquent que chez les femmes.

Enfin, d’où viennent les besoins illimités des malades sexuels ?

Les cas d’addictions biologiques sont rares : anomalies hormonales, effets de médicaments, comme le traitement de Parkinson, ou suite à un accident cérébral. L’avantage, c’est qu’on connaît cette raison. La plupart du temps, c’est une compulsion sexuelle psychologique difficile à réfréner. On est plutôt dans de la pathologie psychiatrique.

 

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