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Certains parlent du début d’une nouvelle ère. D’autres n’y voient qu’une belle opération industrielle menée par un jeune loup de la bulle informatique rompu aux techniques marketing. Toujours est-il que ce samedi matin à 10h55 (heure belge) doit s’envoler vers la Station spatiale internationale (ISS) un véhicule de fret (Dragon) qui pourrait un jour devenir le moyen de locomotion attitré des astronautes américains. Depuis la mise au placard définitive en juillet 2011de la navette spatiale, le pays qui a envoyé l’Homme sur la Lune n’est en effet plus en mesure d’assurer le moindre vol habité et dépend totalement, ironie de l’Histoire, des Russes et de leurs inusables Soyouz pour atteindre l’ISS, seuls désormais à assurer la relève des astronautes qui l’occupent en permanence depuis 12 ans.

Mais on n’en est pas encore là. Ce samedi, la fusée Falcon 9 qui décollera de Cap Canaveral, la base de lancement de la Nasa en Floride, se contentera de placer en orbite un Dragon rempli seulement de marchandises. Dans l’espoir qu’il pourra, cinq jours plus tard, être agrippé par le bras robotique de l’ISS et y être ensuite amarré. Jusqu’ici rien de très original. Cela fait belle lurette que les modules russe Progress, européen ATV et japonais HTV acheminent à rythme régulier les vivres et le matériel nécessaires à la vie de la Station orbitale. Là où le Dragon se distingue, c’est qu’après deux semaines, l’engin repartira et tentera de revenir au bercail. A l’instar d’une bonne vieille capsule Apollo des années 60, le Dragon plongera pendu à trois parachutes dans les eaux du Pacifique avant d’être récupéré. On l’aura compris, si SpaceX, la société qui a conçu, fabriqué et commercialisé le lanceur Falcon 9 et le Dragon met un point d’honneur à faire revenir son vaisseau, ce n’est pas pour les quelque 660 kilos de fret qu’il ramènera. L’ambition est bel et bien à terme d’y transporter des hommes et d’ainsi remporter le marché très convoité des vols habités, que la Nasa, pour d’évidentes questions de coût, a décidé de confier au secteur privé. Certes, SpaceX sera sans doute la première à atteindre l’ISS. Mais elle n’est pas la seule à poursuivre cet objectif. D’autres projets industriels briguent le morceau. Dont notamment le CST-100 proposé par Boeing ou le plus futuriste Dreamchaser, un vaisseau plus proche du jet que de la capsule conique, développé par Sierra Nevada Corporation, connue pour être un fournisseur de matériel électronique de l’armée américaine.

SpaceX, qui compte 1700 employés basés pour la plupart à Hawthorne en Californie, doit une partie de sa notoriété à la personnalité de son fondateur. Elon Musk, 40 ans, Américain d’origine sud-africaine doit sa fortune, évaluée à deux milliards de dollars, au business internet. Il a créé en 1998 Paypal, le célèbre système mondial de paiement en ligne, qu’il l’a revendu à eBay en 2002 pour de suite se lancer dans l’aventure spatiale, réussissant à mettre sur pied en quelques années ce que les agences spatiales mettent des décennies à réaliser. Son premier lanceur, le Falcon 1, atteignait l’orbite terrestre quatre ans à peine après la naissance de la société. La version plus puissante de cette fusée, le Falcon 9, a fait ses débuts avec deux vols réussis d’affilée en juin et décembre 2010, ce dernier vol étant déjà qualifié d’historique. Pour la première fois, un lanceur d’initiative totalement privée avait pu mettre sur orbite une capsule ensuite revenue sur Terre. Précision, le Dragon n’avait alors pas approché l’ISS.

Reste que la rapidité du développement de SpaceX est, de l’avis de nombreux spécialistes, sa principale source de fragilité. La fiabilité de la fusée resterait encore à démontrer. Elon Musk, échaudé par les multiples reports de la date de décollage, relativisait d’ailleurs étrangement sa confiance il y a quelques jours, estimant à "plus de 50 %" les chances de réussite, tout en promettant de recommencer en cas d’échec. C’est certain, pour les vols habités, mieux vaut sans doute encore un peu attendre