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En Suède, une filiale de Toys'R'Us qui continuait encore jusqu’à récemment de présenter dans ses catalogues de jouets une forte différenciation des sexes (des dînettes pour les filles, des armes pour les garçons) a été réprimandé par des associations et a mis à jour son catalogue 2012 pour être en conformité avec les vœux d’équité des associations. C'est bien beau, mais pourquoi faire? Le site The Atlantic, qui rapporte l'anecdote, s'interroge et va à contre-courant : et si les garçons n'aimaient vraiment pas les Barbies?

Donne moi une poupée, je te ferai un soldat

Selon le site, les garçons et les filles, en moyenne, n’ont pas les mêmes centres d'intérêts : "Les mêmes inclinations ni les mêmes besoins. Il y a 20 ans, Hasbro, énorme entreprise américaine de fabrication de jouets, avait testé une maison pour enfants qu’ils destinaient à un public de garçons et de filles à la fois. Ils se rendirent vite compte que filles et garçons n’interagissaient pas de la même manière avec la maison. Les filles habillaient les poupées, les embrassaient, et jouaient dans la maison. Les garçons se servaient des landaus comme de catapultes, sur le toit. Un manager de chez Hasbro avança une nouvelle explication: "les garçons et les filles sont différents".

Les filles à la dinette et les garçons au combat, épée en bois à la main. Soit. Bien entendu, les rôles que décident de jouer nos chers bambins sont influencés, plus ou moins fortement, par une part d'héritage culturel.

Cécile Dehesdin, journaliste pour Slate.fr, raconte le sexisme chez les plus jeunes: "Les stéréotypes sexistes fourmillent dans les albums jeunesse, renvoyant plus ou moins implicitement des messages sur le rôle et la place à tenir dans la société des garçons et des filles, des hommes et des femmes."

Les singes aussi préfèrent les ballons et les grosses voitures

Seulement voilà : pour les jeux des enfants, la question va au-delà des schémas imposés par la société patriarcale. David Geary, psychologue du développement à l’Université du Missouri, l'affirme et l'explique: "L’une des différences les plus répandues et les plus durables entre les sexes est la préférence que les enfants accordent à tel ou tel jeu. La préférence féminine pour les jeux où l’on nourrit, ou où l’on soigne, et celle, masculine, pour les jeux plus désordonnés est perceptible à travers les cultures, et même à travers les espèces (…). Parmi nos proches parents tel que le macaque rhésus ou le Chlorocebus pygerythrus [autre primate], les chercheurs ont découvert que les femelles jouent avec des poupées bien plus que leurs frères, qui préfèrent, eux, les ballons et les petites voitures. Il paraît peu probable que les singes aient été endoctrinés par des stéréotypes d’un catalogue."

Nos ancêtres eux-mêmes ont donc eux aussi, en dehors de toute pression sociale, des préférences marquées en termes de jouets. Tout ça c'est dans les gènes alors? De nombreuses études viennent en tout cas renforcer cette hypothèse.

Elles montrent que ce sont les hormones qui jouent un rôle dans les préférences des jeux, camions ou poupées. Et balayent d'un coup l'idée selon laquelle les préférences des enfants pour tel ou tel jeu soient dues à la société.

Y a pas que la génétique dans la vie

Pour autant, faut-il arrêter le combat pour l'égalité et le rééquilibrage des genres? Pour les défenseurs de la diminution -suppression?- des genres, la lutte continue. Virginia Valian, psychologue au Hunter College très favorable au rééquilibrage des genres, explique ainsi dans son livre Why So Slow? The Advancement of Women, (Pourquoi si lentement? L’avancement des femmes): "Nous n’acceptons pas la biologie comme un destin absolu... Nous vaccinons, nous inoculons, nous médicalisons... je propose que nous adoptions la même attitude à l’égard des différences sexuelles."

Après tout, ce n'est pas parce que Stallone et la génétique nous rappellent sans cesse ce qu'est être un vrai bonhomme qu'on aurait pas le droit de s'offrir une petite poupée de temps en temps, non mais!