L’aventure de l’ONG belge "Médecins sans vacances" a débuté il y a une trentaine d’années avec quelques médecins amenés, lors d’un séjour en Afrique, à seconder des chirurgiens locaux. Aujourd’hui, MSV s’est développé au point d’envoyer chaque année de 100 à 150 missions dans divers hôpitaux d’Afrique, et principalement au Congo. En général, deux missions par an - d’une durée de 2 à 3 semaines - sont effectuées à l’Hôpital Saint-Joseph de Kinshasa. Une équipe de deux médecins spécialistes, parfois accompagnés d’une infirmière et/ou d’un kiné, réalise de 20 à 30 opérations, majoritairement les cas de fistules les plus compliqués. Outre ces interventions chirurgicales, l’équipe dispense au personnel soignant local un enseignement théorique et pratique, à visées thérapeutique mais aussi préventive.

En 2006, a été créée l’ASBL Fistul Aid, troisième maillon d’une synergie d’actions destinées à venir en aide aux femmes victimes de fistules, venant compléter le travail de MSV et de l’Hôpital Saint-Joseph, au sein duquel a été construite, avec l’appui du ministère belge de la Coopération au développement, la Fistula Clinic, inaugurée en 2007. Grâce à l’aide de l’ASBL Fistul Aid, les interventions y sont réalisées sans aucun frais pour les patientes. "C’est important quand on sait que beaucoup de ces femmes ne se font pas traiter pour des raisons financières ou alors trop tardivement avec des conséquences fâcheuses pour la guérison", souligne le chirurgien.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En octobre 2011, en collaboration avec les Sœurs des Servantes des pauvres de Boma, est sortie de terre, à proximité de la Fistula Clinic, la maison "Rose de Jéricho", destinée à accueillir temporairement les patientes, qui viennent parfois de très loin; la moitié d’entre elles ne résident en effet pas dans la région de Kinshasa. "Au cours de cette dernière année, il n’était pas rare de recevoir des patientes qui avaient fait 5 ou 6 jours de voyage dans des conditions difficiles, explique encore le Dr De Backer. L’une d’elles avait même fait 12 jours de bateau sur le fleuve Congo. De plus, elles arrivent sans prévenir et ne peuvent pas toujours être hospitalisées immédiatement. En outre, certains cas très compliqués doivent parfois attendre la venue d’une mission chirurgicale pour être traités".

Comme la capacité de l’hôpital Saint-Joseph, souvent saturé, ne permet pas de garder les patientes opérées plus que le temps nécessaire à la guérison chirurgicale, et vu qu’il n’est pas prudent de leur faire entreprendre une longue route après une telle intervention, cette structure permet aux patientes de séjourner le temps nécessaire à leur convalescence. "Elles arrivent souvent dans un état déplorable; certaines ont enduré un accouchement qui s’est prolongé parfois jusqu’à huit jours. D’autres, surtout dans l’Est, ont subi des violences sexuelles, poursuit le médecin. Lors de leur séjour, nous en profitons pour leur donner des formations diverses, utiles pour leur réinsertion sociale. Et nous essayons avant tout de les requinquer".