Tous les quatre ans, en Flandre, c’est le grand déballage des subsides, la "tabula rasa". En vertu du "Kunstendecreet", le ministre de la Culture (c’est actuellement la CD&V Joke Schauvliege) décide des subsides pour plusieurs centaines d’institutions et compagnies dans tous les domaines, du théâtre aux arts plastiques. Tout est remis à plat et chaque demande est étudiée au préalable par une douzaine de commissions spécialisées, invitées à donner un double avis (artistique et administratif) et à ranger les demandes par ordre de "qualité" (une sorte de bulletin !). Une commission spéciale veille à harmoniser, autant que faire se peut, les travaux des commissions car il n’est pas simple de comparer, par exemple, une compagnie de danse à un musée. Une procédure qui n’existe pas en Communauté française.

L’exercice est rendu encore plus délicat cette année à cause de la crise budgétaire. La ministre a demandé pour déterminer les subsides 2013-2016 de partir du budget culture de 2011 (sans augmentation) et de l’amputer en plus de 10 % afin de dégager des sommes pour financer de nouveaux projets culturels et pour procéder à un rattrapage progressif des secteurs moins bien dotés (les arts plastiques, par exemple).

Il y eut 355 dossiers rentrés, dont 108 ont été rejetés. Les demandes excédaient très largement les budgets disponibles. Des avis préalables avaient été donnés en début d’année, de quoi permettre aux postulants de plaider leur cause. Cette fois, ce sont les avis définitifs et la ministre Schauvliege a décidé, vendredi, de mettre tout sur le site Internet pour jouer la transparence, mais aussi pour empêcher tout lobbying et marchandage à venir avant la décision effective qui doit venir à la fin juin devant le gouvernement flamand. Mais le secteur culturel a fort peu apprécié que soient ainsi placardés, sans qu’il ait été mis au courant, des "cotes" comme s’il s’agissait d’un examen comparant les uns et les autres alors que ce ne sont que des avis subjectifs pour les ministres.

Le résultat fait aussi du bruit car plusieurs institutions ont reçu des avis artistiques et administratifs positifs Et pourtant voient leurs aides supprimées, comme le montre le cas du festival du film de Gand qui perdrait tout son subside de 590 000 euros car on lui reprocherait son côté "trop tapis rouge" (sic !). Pour éviter ce que "De Standaard" titrait ce lundi - "Goed gewerkt. U krijgt niets " -, il faudrait trouver 3 millions d’euros supplémentaires à injecter dans la culture.

Les résultats sont en tout cas détonants. Parmi les perdants, on s’étonne de trouver les Ballets C. de la B. d’Alain Platel qui verrait sa subvention passer de 950 000 à 530 000 euros. Mais en réalité, cela signifierait qu’on maintient les subsides pour deux ans seulement (et pas quatre) et qu’on voit ensuite ce qu’il en sera de l’avenir du collectif. Etonnant et triste alors que Platel triomphe avec "C(h)œurs" et qu’une création de la compagnie sera dans le "in" à Avignon.

Chez les perdants, on retrouve "Musical van Vlaanderen", qui monte des comédies musicales et qui perdrait tous ses subsides (2,3 millions d’euros). Le ministre précédent, Bert Anciaux, soutenait cette culture "populaire", mais l’avis est négatif. Le Zuiderpershuis d’Anvers perdrait ses 950 000 euros de subsides (il est en proie à des problèmes budgétaires). Zita Swoon perdrait ses 220 000 euros. Fin aussi des subsides à "La petite bande" de Sigiswald Kuijken. Le KVS perdrait 10 % de ses subsides (de 2,365 à 2,15 millions d’euros).

Côté gagnants, le Wiels passerait de 855 000 à 1 million par an (accentuant le décalage Nord-Sud entre ses aides). Le Kaaitheater, le Toneelhuis, la compagnie de Sidi Larbi et celle de Kris Verdonck seraient aussi gagnants. Rappelons que rien n’est officiellement décidé et que tout peut changer d’ici à la fin juin. En attendant, le milieu culturel s’agite.