Portrait

Je m’intéresse plus aux gens qu’aux chiffres", assure Christ’l Joris, 55 ans, qui vient d’accéder à la présidence d’Agoria, la fédération de l’industrie technologique. Un aveu intéressant de la part de cette femme dynamique, "résolument optimiste et positive" dont le parcours personnel et professionnel est teinté d’un humanisme fondé sur des valeurs familiales bien ancrées et une ouverture sur les autres.

Licenciée en psychologie et docteur en anthropologie sociale et culturelle (KUL), Christ’l Joris, détentrice d’une bourse du FNRS, a passé près de dix ans en Sicile à étudier les comportements des émigrants qui venaient travailler en Belgique. Avec le professeur Eugène Roosens, elle s’est efforcée, par son action de terrain, de "comprendre" leur pays et leur culture. A son retour, ne trouvant pas de place à l’université, Christ’l Joris fait ses premiers pas dans le secteur non marchand. Dans un centre de santé et de bien-être pour travailleurs immigrés d’abord, à la Fondation Roi Baudouin, ensuite, où elle prend en charge un programme économique et environnemental. "J’étais très impatiente de décrocher un boulot, j’ai accepté un job free lance", dit-elle. Et de souligner que celui-ci lui a permis de découvrir l’efficacité des réseaux économiques.

En 1994, forte de cette "valeur ajoutée", elle devient présidente du conseil d’administration d’Etap, l’entreprise familiale située à Malle (Campine anversoise) et fondée il y a 61 ans, qui produit et développe des éclairages fonctionnels et économes en énergie pour bâtiments industriels. Administratrice de la société depuis ses vingt ans, Christ’l Joris n’a jamais rempli de fonction opérationnelle. "Notre actionnariat est 100 % familial et le management est indépendant depuis que mon père, octogénaire mais toujours en activité, a passé la main. Celui-ci a développé l’activité "éclairage" et pris d’autres initiatives, en créant notamment une division "yachting" qui a été revendue il y a deux ans." Norbert Joris est une figure patronale bien connue. Il fut président de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) de 1992 à 1996, en provenance d’une PME, ce qui est assez rare. "La devise de la maison c’est : chacun à sa place. Depuis toujours, nous nous efforçons de séparer ce qui est familial de ce qui ne l’est pas. Mon rôle est d’essayer de faire le lien entre les deux", dit-elle. A noter que l’entreprise flamande emploie 600 personnes, dont 480 en Belgique, qu’elle compte un réseau commercial dans huit pays (Allemagne, Dubaï, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède) et qu’elle développe un chiffre d’affaire annuel de 60 millions.

Sensible au développement durable, Christ’l Joris souligne que les activités de la société Etap "ont toujours eu un dénominateur commun en ce qui concerne l’écologie, l’ergonomie et la sécurité". Elle reconnaît que la crise ne l’a pas épargnée, "vu que les investissements en utilisation rationnelle de l’énergie et dans le bâtiment ont fort ralenti".

Qu’est-ce qui a amené cette battante à accepter la présidence d’Agoria ? "C’est une suite logique de ce que j’ai entrepris jusqu’ici. Dans la famille, nous avons toujours été convaincus de la nécessité des organisations patronales. Agoria est une plate-forme où nous pouvons exprimer nos attentes et nous intéresser à ce que les autres font. L’industrie technologique of fre des solutions aux défis de société que sont le climat, les soins de santé et le vieillissement. C’est un secteur d’avenir qui laisse entrevoir de belles perspectives pour les jeunes. De mon point de vue, il y pas mal de retour".

Alors qu’Agoria fonctionne selon un modèle fédéral - Christ’l Joris a présidé sa branche flamande pendant six ans - que pense notre interlocutrice de l’avenir du pays ? Soudain peu loquace, elle glisse : "Les choix qui ont été faits le 13 juin par l’électeur sont clairs. Je suis confiante". Fidèle à ses idéaux, Christ’l Joris est également présidente de l’aile flamande de la Croix Rouge et de la Fondation Gillès qui finance des initiatives de petite taille dans les pays en développement. Elle est par ailleurs vice-présidente d’un centre d’entreprises à finalité sociale à Hoboken et membre du jury du prix international Roi Baudouin pour le développement.

Mariée et mère de trois enfants, Christ’l Joris soigne sa condition physique et pratique le sport, dont le ski et la marche à pied. Les 20 kilomètres de Bruxelles n’ont pas de secret pour elle. Elle a aussi un goût prononcé pour les voyages, notamment dans les pays en développement. Et, aussi souvent que possible, aime "se laisser prendre par l’émotion" à l’opéra.