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Quand j’étais jeune, quand j’avais treize ou quatorze ans et que j’écrivais déjà, tant bien que mal, des histoires pleines de bruit et de fureur, que j’inventais des personnages plus ou moins aventureux auxquels je tentais de donner vie sur le papier, tout le monde autour de moi, y compris dans ma propre famille, me regardait d’un drôle d’air et me faisait comprendre à demi-mot, ou même carrément, qu’écrire avait quelque chose de bizarre.

Comme s’il y allait là d’une anomalie. Comme si tous les écrivains, les vrais, les romanciers, les conteurs et les poètes, n’étaient pas des gens normaux. Comme s’ils appartenaient tous à la race maudite des parias et, qu’au fond, ils n’apportaient strictement rien à la société. Alors que les médecins, les chimistes, les professeurs, les agriculteurs, les boulangers, les agents de police, les chauffeurs de taxi

Très tôt, très vite, j’ai refusé ces jugements à l’emporte-pièce. Et très tôt, très vite, j’ai soutenu qu’écrire est une activité comme une autre, un métier comme un autre, et que l’écrivain, lui, est un homme comme un autre. En réalité, il m’importe peu de savoir pour quelles raisons j’ai commencé à écrire quand j’avais treize ou quatorze ans, et pour quelles raisons, des décennies plus tard, je continue sans relâche de le faire. Il existe sur cette mystérieuse question des kyrielles de réponses. Des bonnes, des moins bonnes, des mauvaises. Des fort savantes et fort bêtes. Des forts tordues et des fort simplistes. Et sans doute que certaines d’entre elles s’appliquent à mon cas, à mon profil.

Si j’écris, si je me déclare écrivain, et bien que je sois conscient d’écrire dans un monde dont les tenants et les aboutissants m’échappent chaque jour davantage, c’est tout simplement parce que j’aime ça. Car j’écris d’abord pour le plaisir. Et je publie ce que j’écris dans l’espoir que mon plaisir (mon idéal ?) sera partagé.

Moi, je ne témoigne pas, je ne pérore pas, je ne prêche pas, je n’acquiesce pas, je ne m’indigne pas, je ne me rebelle pas : je raconte.